mercredi 17 septembre 2014

Sciences sociales


Votre situation :

  1.  En couple
  2.  Fiancé
  3.  Marié
  4.  Célibataire
  5.  Amoureux
  6.  Divorcé
  7.  Paxé
  8.  En concubinage
  9.  Haine de l'autre
  10.  Indifférence totale
  11.  Envies de meurtre
  12. Hémorroïdes
  13. Don d'organes
  14. Début d'Alzheimer
  15. Juppé en 2017

Rayer les mentions inutiles.

mardi 16 septembre 2014

Carnet de correspondance (4)


C'est pas parce que Clarence c'est une grosse pute que ma Madison c'est une pute aussi. Faut pas tout mélanger. Chez nous on est bien élevés. Ça fait chier de devoir vous le dire car vous devriez le voir de suite. Alors vous faites comme vous voulez avec Clarence c'est pas nos ognons mais Madison elle viendra pas à votre colle parce qu'elle a rien fait. C'est comme ça et c'est pas négociable.

Bonne journée.


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Bonjour.

On part visiter les cousins sur Lille alors John-Ross il pourra pas être là les deux premières semaines. Désolé du dérangement mais la famille c'est important. 

Magalie Blacoute


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C'est pas correcte de mal parler aux gosses. Même qui font des bêtises faut le respect. C'est des gosses. Alors mettez votre orgeuille dans votre poche et accepter leurs ressentis parce que eux aussi ils ont droit d'avoir un ressenti quand les profs ils parlent mal. On vous a mis la pour montrer l'exemple aussi.
Tom il nous dit comment vous leur parlés c'est pas normal. 

Toclin Sharone


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Tu vois déjà là j'ai même pas envie de parlé tellement je trouve sa grave en fait. Mais comme c'est mon fils je me dis je peux pas lasser passé sa. Alors à la cantine vous le laissé tranquil, Brad, parce que s'il veut pas mangé ou quoi sa le regarde et pas vous. Faudra pas lui faire la morale là-dessus longtemps avant que je m'énerve grave. Nous on paye et déjà c'est chere alors faudrait pas trop non plus nous cherché. Comme si vous saviez pas que la nouriture elle est limite limite !!! Oh !


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A tous les profs de 5e D. Veuillez excusez notre fille Miriame pour ce vendredi elle va se faire poser un appareil alors elle peut pas venir. C'est pour la dentition c'est pour son futur c'est important. On n'est pas sûr qu'elle viendra l'autre semaine après parce qu'elle dit qu'elle sera affreuse et elle veut être populaire avec ses copines. On verra. Si elle est pas là c'est pour ça. 

Merci.

Gwendoline Fabréga


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Madame La Professeure de HTML

Augustin a du mal à suivre vos cours, qui sont passionnants, c'est pas la question, mais il faudrait je pense le recadrer un peu juste ce qu'il faut pour qu'il ne perde pas la concentration, je pense. Augustin, c'est un rêveur, et puis vous savez ce que c'est, quand les poils poussent, je ne vous fais pas un dessin…

Merci beaucoup d'avance de le suivre et d'avoir l'œil.

Très cordialement.

Bastin Vianney 


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Comment dire ? Depuis la réunion, je ne pense qu'à vous ! Ce cul, mais ce cul, bordel de dieu, c'est pas possible un cul pareil, mais comment vous faites, je veux dire, c'est juste pas croyable quoi, vous êtes ma déesse du cul, je vois pas comment dire autrement !!! Je peux plus regarder mon fils en face je vous vois, enfin je vois votre cul qui s'écrase sur la chaise de mon fils c'est carrément l'Enfer !!! J'vous jure, j'ai plus les yeux en face des trous. C'est bien simple : ma femme, je la vois plus. Vous voyez le square Cain en face du Balto ?…

Davy


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Monsieur Drobbès, Professeur de Français.

Pour les retards de Cyril, ce n'est pas de sa faute, et je vous demanderai s'il-vous-plaît la plus grande discrétion sur le sujet. Cela pourrait être cause de divorce et vous n'êtes pas sans savoir que les divorces ont une influence néfaste sur la progression scolaire des enfants. Aussi, Cher Monsieur, je vous demande comme un service (et une preuve de solidarité masculine) de ne pas signaler les retards de Cyril à votre hiérarchie (ni à mon épouse). Je vous en serai infiniment reconnaissant. Comme il est bon élève, vous m'accorderez qu'il peut se permettre quelques écarts sans que cela nuise à son travail. Il m'a d'ailleurs dit tout le bien qu'il pensait de votre enseignement !

Avec ma très haute considération,

Célestin Beulemans, Délégué des Parents d'élèves de 4e A


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Clio blanche. 5377 BSR 78 … 




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Madame

c'est vrai que mon fils il vient à l'ecole avec des scorpions dans les poches mais c'est sa passion les scorpions nous aussi on debut on avait peur mais en fait c'est gentil ces betes si on les embete pas faut juste rester tranquille et leur parler gentiment c'est tout je pense que ca pourrait interesser les autres eleves aussi en cours de svt ou autre soyez gentille il c'est un bon petit wilfrid il veut juste continuer avec sa passion c'est tout

Madame Jouhandot Noemie

lundi 15 septembre 2014

Carnet de correspondance (3)


Bonjour !

Je comprends pas c'est quoi un carnet de liaison. La liaison de qui avec qui en fait ? Merci de m'expliquer. Mon mari il est pas trop pour. Il veut pas d'embrouilles en fait. Sinon tout est ok pour nous, Justine elle a adoré la première journée open et on va la booster pour démarrer comme il faut. On va mettre le paquet !

Voilà. C'est ce que je voulais vous dire.

Marjo et Sam Rubens



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Bonjour. Sur le site du collège on a vu qu'on pouvait laisser des com aux profs mais j'ai pas compris où c'est qui faut s'inscrire. Merci de m'expliquer pour l'interactivité c'est pas trop clair.

caro-stasi-familly44@free.fr



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Cher Monsieur,

Je regrette de vous le dire, mais pour les cours de techno, on ne voit pas trop où ça va nous mener cette affaire. C'est la Gay Pride tous les jours à Amiens, maintenant ? Apprenez-leur plutôt des chants patriotiques, ça au moins ça leur servira à quelque chose à ces mollassons. Je suis sûr qu'ils ne connaissent même pas les paroles de la Marseillaise, vos élèves !

Mes respects.

M. Destouche



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Chère Mélanie,

Je vous trouve vraiment super comme prof. L'idée des smileys à la place des notes est trop trop bonne ! Karl (c'est mon mari) il aimerait bien si c'est possible qu'on vous invite à l'apéro pour discuter un peu sur comment motiver encore mieux notre Jules, parce qu'il a encore un peu de mal avec le cours sur la fraternité, vu qu'il est fils unique, en fait, et comme vous êtes sa prof principale on s'est dit que ce serait sympa d'en parler direct de vive voix entre nous. Si vous pouviez dire à Jules quand ça vous arrange de passer un soir, ce serait super. Je vous rassure, on est de gauche…

Bien cordialement.

Jisslaine Bader



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Alors moi je n'ai pas vraiment compris à quoi servait le portail web. Si c'est pour les mots d'excuse ou les inscriptions à la cantine ou quoi ou qu'est-ce. Si c'est pour les notes et tout ça, je suis pas trop pour en fait parce que nos gamins ils sont fortiches en web et nous pas du tout, alors ils pourraient bien bidouiller les notes et tout et nous on y verrait que du feu, façon de parler. Mais bon je sais bien que question écologie c'est mieux. 

Martinu Delphine


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Et vous vous êtes Picasso peut-être ? Se moquer d'un enfant de bonne volonté qui dessine, c'est lui manquer de respect. Il est déjà dyslexique, vous voulez en plus le rendre homo ?

Le Papa de Ludovic


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Madame,

vos orientations sexuelles ne nous regardent pas. Alors abstenez-vous s'il-vous-plaît d'embrasser votre copine (ou votre "femme" ?) à pleine bouche devant l'entrée du Collège ! On n'est pas bégueules mais un peu de tenue tout de même ! Ma fille n'a pas à voir ça.

Brunoy Annelotte


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Je suis le Papa de Sandra. Faites pas attention, ma femme elle a ses règles en ce moment. Lol.

Brunoy Jean-Marc


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Mademoiselle,

pourriez-vous expliquer au gros dur qui terrorise mon fils qu'on peut très bien se prénommer Claude quand on est un garçon ? Ou bien va-t-il falloir que mon mari intervienne dans votre classe ? Ce genre de choses est inadmissible dans un pays civilisé, et je peux très bien habiller Claude en rose sans qu'il devienne la risée de ces brutes épaisses qui font régner LEUR ordre dans VOTRE classe ! J'ai été claudette dans ma jeunesse, Mademoiselle, et j'en suis fière !

Meilleures salutations. Anne-Françoise Leguillevic 



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Madame (ou mademoiselle ?)

Alors c'était vous, hier, au carrefour ? Désolé, j'étais stressé, je n'aurais pas dû m'énerver comme ça. Je m'excuse vraiment et pour me faire pardonner je vous invite à la pizzeria de la place, on fera mieux connaissance comme ça, vous verrez je suis plutôt cool d'habitude et Luca m'a dit que vous aussi.

Je vous donne mon 06, vous pouvez me texter sans soucis.

Marco (06 06 76 67 98)

dimanche 14 septembre 2014

Carnet de correspondance (2)


Bonjour c'est le papa de Nabila. 

je vous demande de respecter ma fille c'est pas parce que c'est une fille qui faut la faire aller à la piscine déja elle a attrapé des microbes et sa pourrait etre pire. je vous remercie de respecter notre famille et nos traditions sans sa c'est n'importe quoi la france.

Le papa de Nabila


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Bonjour.

Je ne comprends pas pourquoi mais ma fille elle comprend pas trop ce que vous racontez en cours. Faudrait essayer peut-être d'être plus proche de vos élèves, de tenir compte de ce qu'ils savent et/ou ne savent pas, je sais pas. C'est vous qui savez mais si j'étais à votre place j'essaierais de savoir et de me mettre à la leur. 

Cordialement, la maman de Laitissia Accaro


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Ça fait quatre fois que notre fils il est puni c'est pas possible vous avez des dents contre lui c'est clair. De toute façon, ses punitions, c'est moi qui les fait, à tous les coups, alors moi je dis ça va bien comme ça. Avec ma femme on aimerait bien avoir un peu de temps à passé ensemble si vous voyez ce que je veux dire !!!

Lambronnet Eric.


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Monsieur Morane.

Je sais ce que vous allez me dire et d'ailleurs vous me l'avez déjà dit c'est pour ça que je le sais en fait. Mais qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse? En ce moment je suis overbooké et ma femme elle est toute la journée sur les chardons ardents avec les triplés. Je sais pas si vous voyez le tableau mais c'est carrément chaud bouillant à la maison. Mais bon. Essayez juste d'être un peu cool avec Robespière, il est dans une période un peu hard, là, c'est pour ça. 

À plus tard, Hugo Honoré


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Cher Professeur Merlot,

J'ai lu sur facebook ce que vous pensez de ma fille. C'est gentil mais j'aimerais que vous me rendiez cette photo, d'ailleurs c'est Marina qui vous l'a donnée ? On est fiers de notre Marina, mais c'est pas pour ça non plus qu'on veut en faire une star et tout. OK, elle vous a donné l'autorisation mais vous auriez quand-même du nous demander avant je trouve. C'est que maintenant elle a des rèves dans la tête et on peut même plus la faire venir le dimanche chez papy mamy à Arcueil. Enfin voilà, ce serait gentil si vous pouviez lui remettre du gout aux études et aux choses simples. Et me rendre la photo.

Mme Bertin, merci d'avance.


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Je connais bien Merzak. C'est un gentil garçon. Si il a brulé votre voiture c'est juste parce que vous avez été injuste avec lui c'est normal. Il est spontané Merzak. Si il pense qu'y a injustice il répare l'injustice tout de suite vous voyez. C'est comme dans la vraie vie quoi. Et puis après tout une voiture c'est juste une voiture. Un tas de tôle comme dit mon mari. C'est rien que du concret vous voyez ? C'est pas la mer à boire ni l'everest à grimper en sandales vous voyez. Maintenant que je vous ai écrit sur Merzak je suis sure que ça va aller entre vous. 

Fatima Benbassa, la maman de Merzak


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Madame Fanny.

Je garde Castor à la maison, rapport à la grippe du collège. Vous comprenez et je vous en remercie. Ici on veut pas de ça.

Salutations distinguées.


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Toute la semaine ça a été le gros bordel à la maison. On n'avait plus d'Internet et il a fallu faire venir le dépannage et comme on a Free je vous dis pas le chantier. Brandon était dans tous ses états, et mon mari peut-être encore plus, alors on a dû faire le maxi pour rester zen. Sur ce le Brandon il nous fait une gastro carabinée mais alors je vous dis pas ! Bref, vous l'avez pas vu mais nous non plus on l'a pas vu il était toujours aux water. Sur ce je dois vous laisser moi aussi j'ai la colique.

Jessica Winter


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Si Annaële n'apprend pas mieux, qu'est-ce je peux faire ? Allez y, dites le moi, ce que je dois faire, l'attacher à sa chaise tous les soirs ? La ceinturer ? La priver de dessert ? Vous les profs vous êtes trop malins tiens je voudrais vous y voir sur le terrain ! Dénoncez nous à la Gestapo pendant que vous y êtes ! On a une vie aussi, faudrait pas trop l'oublier non plus !

L. Marion


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Anouchka voudrait savoir si elle peut venir avec le chihuahua (Gwentanamo) à l'école. Il est encore petit et elle le lache pas d'une semelle en fait alors elle le metrait dans une petite cage pour pas gênés les autres élèves. Ça devrait bien se passer à mon avis.

Merci d'avance. La Maman.


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La sexualité c'est très bien quand c'est encadré par les parents mais au collège moi je dis STOP ! Vous déconnez complet sur ce coup là. Si c'est ça le collège moi je garde Tartarin à la maison et puis c'est tout. Ça va, oui ! Faut arrêter les conneries !

Timon Vagre


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Madame,

Mon époux et moi-même ne comprenons pas. Albert nous affirme que la petite culotte que j'ai trouvée dans son sac de sport est la vôtre ! Je n'aurai qu'une seule question à vous poser, Madame : COMMENT cette culotte s'est-elle retrouvée dans le sac de sport d'Albert ???

Merci de nous éclairer !

Marthe et Martin Duspasme

Presque rien



En regardant une interview de Cioran datant de 1973, je m'aperçois de la proximité de son visage avec celui d'Emil Gilels. La face carrée, les cheveux… Taureaux espiègles…

« Je ne suis pas plus bête qu'un autre. » « Je ne trouve pas qu'il faille absolument (se) réaliser. Mais il faut être quelqu'un. »

Je suis au jardin, ça sent les figues pourries ; à part les oiseaux, je n'entends qu'un avion, haut dans le ciel. Mon corps est rompu. Si j'avais un revolver, je le presserais contre ma tempe et je tirerais. Je vois la scène, mon corps renversé sur le côté gauche, dans l'herbe, le sang rouge, un tout petit désordre. Presque rien. L'avion continuerait à voler, les oiseaux à chanter. N'était la détonation qui, immanquablement, alerterait les voisins, rien ne changerait alentour. 

À quoi sert d'essayer de dire le vrai ? À rien. À rien du tout. Il faut se retirer du monde…

mercredi 10 septembre 2014

Carnet de correspondance



Dans la mesure où nous avons tout subi ces dernières années, serait-il possible à la rentrée prochaine d'avoir pour notre fille un professeur aimable, sérieux et ponctuel, ni stagiaire, ni enceinte, ni de santé fragile, ni militant syndical, ni gay (ou lesbienne) militant, ni djihadiste, ni rapeur, ni mythomane, ni hystérique, ni drogué ? Avec tous nos remerciements pour l'examen favorable de cette demande. 

Mme Angot

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Mon fils il aime plutot les Stones que les Beatles. C'est quand même pas une tare il me semble ! 

Salutations 

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Alors voilà ma fille elle peut pas venir elle peut pas venir c'est comme ça on va pas en faire un fromage non plus. Merci de tenir compte de mes remarques. 

Morel Jessica 

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madame je sais pas vous mais moi si j'étais vous je mettrai la pédale douce sur les punitions parce que nous on peut pas suivre de toute façon mon fils il comprend pas ce que vous voulez alors faut arrêter.

Amel et Jo 

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 Monsieur, je viens de prendre connaissance de la deuxième punition que vous avez donnée à mon fils. Permettez-moi de vous dire que je vous trouve bien mou. J'ai pris l'initiative de tripler ladite punition et vous encourage vivement à l'avenir à envisager des châtiments plus coercitifs. Ce petit merdeux n'a peur de rien ni de personne, en dehors de moi, et il vous faudra d'autres arguments, croyez-moi, si vous voulez le mater, ne parlons même pas de vous faire respecter. 

Bernard Saint-Maclou 

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 fo rendre le portable a moussa tout de suite sinon son frére il vien le chercher 

nicole la maman 

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je suis le papa de sara je vous trouve très sexy. ma femme ma quitté alors si vous êtes ok on pourait prendre un verre comme sa un soir ou autre. je pense que vous etes d'accord avec moi qui faut être entre prenant dans la vie si on veut reussir. 

Mike 06 06 18 96 34 

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 A son prof principal. 

C'est vrai que vous les profs vous êtes érudits et vous en savez plus que nous mais c'est pas une raison je trouve pour nous humilier comme ça. Pourquoi ma fille elle devrait s'embêter à lire ces livres qui sont embêtants et pas drôles du tout, ça je me demande bien. Quand Lara elle vous a répondu qu'elle connaissait pas Hugo de Balzac c'était vraiment pas gentil de se moquer d'elle devant ses copines, enfin c'est mon avis de maman mais on pensent toutes comme ça. Vous voyez bien où ça vous a mené de lire ces livres après tout c'est pas le Pérou pour vous non plus excusez moi. Bon si elle doit acheter le livre quand même y a pas de souci on va l'acheter mais pour le lire ça c'est autre chose. Wet and see comme dit mon mari. 

Cordialement. Esmeralda Voinchet 

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Chère Mademoiselle, c'est avec beaucoup de regrets que je vous annonce que mon fils, Amhed, ne pourra pas participer à la classe verte que vous organisez avec l'école. Croyez bien que je suis la première à le regretter car j'ai beaucoup de travail au ministère en ce moment et il m'arrive de rentrer fort tard. J'aurais aimé le savoir avec vous, car je sais qu'il vous aime beaucoup. Il ne pourra pas venir car il est parti en stage en Irak, pour deux semaines, avec un de ses camarades du quartier. Vous comprenez, le stage est pris en charge par l'ambassade, c'est une chance unique pour lui, de voir du pays et d'apprendre un métier. Je suis certaine qu'il vous écrira mais je voulais vous prévenir le plus tôt possible. 

Avec toute ma gratitude. 

M. Le Karna 

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 Salut. 

Jérémi, il aime pas la flûte. Moi non plus j'aime pas la flûte. Maman non plus elle aime pas la flûte. Alors vous allez arrêter immédiatement de l'emmerder avec vos piaulements de gonzesse mal tringlée ou moi je viens vous la mettre où je pense, votre flûte. OK ? Jérémi il est comme son père : à la maison, c'est heavy metal, point barre. Jérémi quand il avait quatre ans il dormait contre l'ampli Marshall de son tonton Rick, alors faudrait voir à pas tout mélanger. La musique, ici, on sait ce que c'est, et c'est pas vous avec votre flutiau qui allez nous faire la leçon. On n'est plus au Moyen Âge, je sais pas si vous êtes au parfum ? 

Salut. 

Gaston Lelièvre 

PS. J'ai balancé le cahier de musique aux gogues. 

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Monsieur le professeur. 

Ma gamine c'est encore une gosse. Je sais, c'est une précoce. Je sais, elle se maquille et elle porte de faux ongles. Je sais, elle a redoublé plusieurs fois, et du coup elle est plus âgée que les autres mais quand même, moi je dis que ma gamine c'est une gosse. Je sais ce que je dis. Je suis passée par là aussi. J'avais des nichons très gros déjà à treize ans alors bon, je connais l'histoire. Je sais bien qu'elle porte des strings et qu'elle se parfume et qu'elle a le vestibule un peu en avant, mais ma gamine c'est encore une gosse, y a pas à sortir de là. Alors les cours particuliers après les cours, voyez, je crois qu'on va arrêter, puis de toute manière on n'a pas trop les moyens, même si vous lui faites rien payer. J'ai même pas compris c'est quoi la matière qu'elle apprend avec vous alors bon. Je sais qu'elle a 19 ans mais c'est pas une raison. C'est pas parce que son père il a mis les bouts que je vais lui lâcher la bride à la gamine. Si vous avez des cours gratuits vraiment qui vous démangent à pas savoir quoi en faire, je vous signale que je suis encore assez partante pour les études. Alors voilà. On est dans l'annuaire. 

Ginou 

 *** 


Ma mère vous fait dire qu'on a été cambriolés alors on a tout perdu même le cahier de textes. Heureusement que j'avais caché le carnet de correspondance car sinon je sais pas comment on aurait fait. Donc c'est pour dire que j'ai pas pu faire mes devoirs, d'ailleurs ma petite sœur non plus elle les a pas faits et elle a eu mal ventre toute la nuit et elle avait la diarrhée. J'ai pas beaucoup dormi non plus car j'ai du consoler ma mère qui pleurait parce qu'on lui avait volé tout son matériel de maquillage et même la cire à épiler. Là mon père il est à la police alors il peut pas signer le mot et ma mère elle est trop mal alors elle m'a dit de l'écrire. Alors c'est pour dire que j'ai pas pu faire le devoir sur le vire-ensemble et qu'il faut pas me mettre une mauvaise note car c'est pas de ma faute c'est de la faute des cambrioleurs. 

Alors je signe : Sergiu Celibitache 

PS. Je serai un peu en retard car il faut que je m'occupe de ma petite sœur en plus.

10 septembre 2001, quelque part


Tu as treize ans aujourd'hui…

mardi 9 septembre 2014

Et le rap dans tout ça ?


Aujourd'hui, elle affirme qu'elle sait ce qu'elle fait sur Terre. Elle a trouvé sa voie. Du coup, elle continue d'oeuvrer pour des causes qui lui tiennent à coeur. Elle a ainsi fondé le "Big up Project", qui est une action contre la faim des enfants d'Afrique. Désormais, elle écrit. Son autobiographie, sortie en 2012, revient sur son parcours et sur ses différents choix de vie, et un second livre serait en préparation. 

Et le rap dans tout ça ? Désormais mère de famille, elle avoue avoir trouvé la paix et la sérénité intérieure. "Je ne suis plus en colère", donc il lui est difficile de rapper désormais. Loin des projecteurs, elle se sert des réseaux sociaux pour affirmer sa foi et prôner l'amour des uns pour les autres. Elle vit sa religion pleinement, bien loin d'un star system qui ne lui convenait pas…

Les plus humbles


« Je suis au service des plus humbles. »

Moi aussi !


dimanche 7 septembre 2014

Le Souper de catins (promo)



— Georges, votre avant-dernier film montrait très en détail la manière dont vous lacez vos souliers. Est-ce lié à un souvenir d'enfance ?

— [Pleurs] Non, je n'ai pas de souvenirs d'enfance.

— Rien ? Pas de gifles, de chagrins, de trous de serrure ?

— Rien. J'ai dû être très heureux, certainement. N'ayant eu ni parents, ni frères et sœurs, ni poupée, ni abonnement à la piscine, ni déguisement de Paul Claudel, j'en déduis que tout s'est bien passé.

— En somme, une vie déjà ordonnée ?

— Oui, voilà. Rien, l'ordre.

— Ce film-ci, pourtant, est plus discursif que le précédent.

— [Pleurs]

— Je disais cela parce que nous sommes à la radio. Néanmoins…

— C'est très intéressant, ce que vous dites là. Oui, mes films sont très construits, mais, sans images, ce qui leur donne une puissance d'évocation bien supérieure à la moyenne, forcément. Pour autant, je n'irais peut-être pas jusqu'à vous suivre. Mon précédent très-long-métrage était infiniment discursif, il m'étonne que cela vous ait échappé.

— Mais pourquoi montrer Irène éviscérée, durant ce long plan (1 heure 40 minutes) ? N'auriez-vous pu vous contenter d'une "photographie" ?

— Je ne fais pas de thriller. Et je n'ai jamais montré ce que vous dites. Votre interprétation est politiquement indéfendable. Mais surtout, la présence de photographies dans mes films serait considérée par mes spectateurs comme une entorse parfaitement inutile à une règle qu'ils ont acceptée depuis l'origine.

— Vous avez sans doute raison, mais tout de même, permettez-moi d'insister, pour le plaisir de la controverse. L'autre séquence, où l'on voit Faconde Norwest en train de masturber longuement un hippopotame mort était-elle dès l'origine dans votre script, ou bien avez-vous voulu faire plaisir à votre comédienne ? On vous dit pourtant totalement insensible aux désirs des acteurs…

— Je le suis, mais Faconde est tout de même ma cousine.

— Elle semble avoir une place très singulière dans votre œuvre, cette Faconde…

— Je vous crois ! Savez-vous que je lui verse une pension alimentaire ? Cela étant, je ne crois pas qu'il faille à tout prix personnaliser les enjeux comme vous le faites. Faconde, si vous voulez, c'est "le Théâtre" dans mon cinéma.

— Je ne suis pas sûr de vous comprendre.

— Je suis très intéressé par le théâtre, mais je trouve que ça parle trop fort, là-bas. Faconde étant muette, il me semblait que c'était un bon moyen d'introduire cet élément "instrumental" dans mon cinéma. Le corps de Faconde (disons-le comme ça), si vous voulez, ce sont les trois à-coups de mon désir perdu. Je ne veux pas perdre le contact avec l'humain.

— On sent bien que c'est essentiel, cette dimension, chez vous.

— C'est également la raison qui me pousse à abandonner de plus en plus toute bande son. Je ne veux pas polluer le discours de ces corps par une musique superfétatoire. Ne pas les montrer ne suffit pas à les préserver de la main-mise un peu fasciste du spectateur — qui ne peut s'empêcher de faire jouer son imaginaire : encore faut-il que ce qu'il voit ne soit pas ce que je montre. Pour cette raison, mes non-bandes-son (en ce qu'elles défont par leur absence la présence des corps absents) sont un des éléments constitutifs de mon langage cinématographique. L'humain, voyez-vous, ce n'est pas ce qui n'est pas non-humain, c'est précisément ce qui est humain, quand cet humain n'existe que dans son inexistence même.

— Peut-on parler de dépassement du dépassement ?

— Je le crois. Je ne m'intéresse pas à la radicalité, voyez-vous. Enfantillages, que tout cela. Si je fais du cinéma sans images et sans son, c'est uniquement parce que mon langage s'est séparé dès l'origine du principe binaire que cautionnent les entreprises à la Luc Moullet ou Adrien Cataténon. Je ne cherche pas à trouver, je trouve à chercher ce que je n'ai pas perdu. Étant sans souvenirs, ça prend un certain temps. Mais j'ai confiance : j'ai une mémoire d'éléphant.

— Avez-vous peur, parfois ? Peur du passé, peur de ne pas aimer, peur de recouvrer la vue, peur des enthousiasmes de Faconde Norwest ?

— Il m'arrive d'avoir peur, mais c'est seulement quand je viens sur mon blog.

— Merci, Georges.


samedi 6 septembre 2014

Sport


Ah, la corvée du samedi ! Eh oui, le samedi, Georges joue au tennis…

vendredi 5 septembre 2014

Cent Édentés grincent dedans la France et le Prince se pince…


Non, franchement, moi, la Trierweiler, je lui dis merci, mais alors pour un peu je l'embrasserais sur la bouche ! Autour de moi, j'en vois qui se prennent la tête entre les mains et qui reniflent à gros sanglots, qui se bouchent le nez et les artères, qui rasent les murs en pendouillant des babines, les cons. Quoi, ils ont honte ? Andouilles ! La politique avait foutu le camp depuis bientôt cinquante ans, la voilà qui revient, toute pimpante et hirsute, bien en chair et les bigoudis au vent, et ils se plaignent, les dingues ? Valérie, t'es tout simplement géniale ! Ah, fallait entendre la Ségolène chez Bourdin, obligée de prendre la défense de l'autre ahuri, alors qu'elle mourrait d'envie de passer la nuit avec la première Harpie de France à se taper des cocktails et des joints jusqu'à point d'heure. Il est fort, le Dodu pas sauvé des eaux. Il réussit à toutes les rassembler contre lui ; je donne pas six mois à la Julie pour rejoindre la meute. De toute façon, comme toujours dans ces cas-là, les soupiraux vont bientôt vomir les rescapés professionnels, et l'on verra de longues files de fuyards à la peau jaune et à l'haleine de chacal qui-auront-toujours-été-contre-Hollande mais qui ne pouvaient pas le dire

Le « sans dents », c'était le signal. Un coup de génie ! Même si elle n'avait trouvé que ça dans sa vie, la Trierweiler, ça la propulserait d'office an Panthéon des Sans-culottes post-historiques. Les Français vont l'adorer, elle va avoir sa chapelle, sa crème anti-rides, son parfum, son dentifrice, sa gamme de sous-vêtements, sa ligne de meubles pour la chambre à coucher, de lunettes de soleil, et sans doute plus mais je ne veux pas choquer le populo. Explosion de "Valérie" dans les déclarations d'état civil, Valérie repasse devant Fatima. Le "sans-dents" est un mot d'ordre, un mot de passe, et va évidemment avoir une gigantesque postérité. Peu importe que Hollande l'ait ou non prononcé, et peu importe même le sens exact que, s'il l'a prononcé, il donnait à cette expression hideuse, lui avoir placé ça dans les gencives suffit ; il est des formules qui font mouche, quand elles rencontrent un désir populaire qui ne trouvait pas jusqu'alors son condiment. Il peut se faire un sang d'encre, Dodu premier, ça oui, il peut se mettre au régime dès maintenant, et se faire saigner, car la morsure est mortelle ; elle lui a laissé une sangsue dans le verre à dents, Valérie, qu'il va avoir un peu de mal à avaler, à moins de la prendre avec un acide, et il n'en aura jamais le cran. Elle lui a farci le larynx pour dix ans, au Royal Dodu qui se prenait déjà pour le George Clooney de la Corrèze. C'est plus un autiste en majesté qu'on a à l'Élysée, c'est une eau triste comme un quai des brumes sans Michèle Morgan. À force de forcer sur l'autrisme, il a fini par se faire lessiver par ses lavandières très peu exotiques. Cécile, Delphine, Valérie, à qui le tour, petit Poulet ? Ah ben dis-donc ! il s'en souviendra, de son petit tour au sommet, l'arracheur de dents : il l'avait pas vu venir, le gros pétard à clous de la lavandière vexée, elle lui a mis une bonbonne du Butane sur les genoux, et elle va récolter les morcifs ; y en aura partout, ça va être un peu crade, mais ça va faire un joli feu d'artichauts devant.

La-fonction-présidentielle, qu'ils miaulent tous en remettant leur dentier ! C'te blague ! Mais ils ont pas vu qu'elle était partie aux chiottes comme un étron républicain, depuis Chirac au moins, la fonction-présidentielle ? Ça fait longtemps qu'elle a vécu, la pauvre fonction-présidentielle, que ça sent mauvais à trois kilomètres à la ronde, du côté de l'Élysée ! Je savais déjà que les Français étaient sourdingues, mais en plus ils ont le nez bouché. Manque plus qu'un petit glaucome des familles et l'affaire est dans le sac ! De toute manière, il fallait bien être sourd, aveugle et idiot pour mettre François Le Dernier sur le trône… Alors alors alors mais allons-y quoi, il le savait bien, qu'il s'agissait d'une farce, Caramel Premier ! Il paraît qu'il est très intelligent… On le renvoie dans sa chambre avec son pyjama qui se ferme dans le dos, on lui allume la télé, on lui met Fort Boyard, tiens, c'est bien Fort Boyard, on lui branche la perfusion, et on retourne regarder le match avec les copains. Enfin moi c'est comme ça que je vois les choses. Mais arrêtez donc de vous tordre les mains, ça ne pouvait pas durer toujours, la récré aux Pieds Nickelés ! Najatt Trucmuche et ses copines, elles ont bien un karaoké ou dans le genre, pour s'occuper, non ? Qu'est-ce qu'on aime les tragédies, par ici, c'en est cocasse à la fin ! Regardez bien une de ces photos officielles du gouvernement de Manu le Valseur, est-ce vous pouvez penser une minute qu'ils y croient, qu'ils pensent réellement être en charge de la France ? Sérieusement ? Moi je peux pas. Ils ont été recalés à Koh-Lanta, ou ils avaient pas leur vaccins, ou c'était pour faire plaisir à leurs vieilles tantes, c'est sûrement de cet ordre-là, faut pas chercher plus loin.

En France, on a eu des Sans-Culottes, des Sans-Papiers, des Sans-Domicile-Fixe, et, grâce à Mme Trierweiler, on apprend que la majorité d'entre nous, l'immense majorité, est désormais privée de dents. Moi je le savais déjà, mais on dirait que les autres l'apprennent seulement maintenant. De toute façon, on n'avait aucune intention de mordre la main qui nous nourrit, puisqu'elle ne nous nourrit plus depuis un certain temps, mais ils ont dû juger plus prudent de faire comme si on pouvait en avoir envie quand-même. Je ne comprends pas pourquoi tout le monde fait mine d'en vouloir à notre président d'avoir dit une chose pareille ; il n'a fait qu'énoncer un truisme, après tout. Être édenté, c'est pas beau. Regardez Houellebecq et dites-moi si c'est joli… Bon, vraiment, y a pas de quoi s'énerver, je vous assure. Si Valérie a mangé le morceau c'est qu'elle a encore quelques dents, elle, ce qui lui permet de sourire sur les photos. C'est quand-même plus agréable qu'une qui devrait mettre la main devant sa bouche au moment où le photographe lui dit que le petit oiseau va sortir ! Nous on aime bien voir le petit oiseau sortir, ça nous donne des ailes et comme ça on a l'impression de faire partie de l'histoire ! D'ailleurs c'est vrai ! Écoutons je vous prie notre Royal Dodu : « Je suis au service des plus pauvres. » Ça on le sait bien. Ça ne ment pas, un intermittent de café théâtre, sauf quand ça croit dire la vérité ; et, de ce côté-là, on ne risque pas grand-chose. 

mercredi 3 septembre 2014

Autorité


En Chine, au XVIIIe siècle, quand un haut fonctionnaire soumettait un rapport à l'Empereur, l'étiquette prescrivait qu'il fît une faute d'orthographe dans un caractère, à la première ou à la deuxième page de son rapport. Ceci donnait à l'Empereur l'occasion de faire montre de sa vigilance et de son autorité en rectifiant l'erreur, sans devoir pour autant lire le rapport jusqu'au bout. (Simon Leys, Le Bonheur des petits poissons)

Quand un jeune chef dirige pour la première fois un orchestre dont il craint le jugement et les moqueries, il ajoute intentionnellement une faute dans la partition, qu'il lui sera facile de "détecter" durant la répétition, faisant ainsi la preuve de son oreille et de son autorité. Évidemment, ce petit stratagème ne peut fonctionner que si les exécutants ne connaissent pas encore la musique qu'ils vont devoir interpréter, ce qui le réserve en priorité à la musique contemporaine. 


lundi 1 septembre 2014

Les Coups



Le lendemain soir, je la retrouvai sur mon chemin, et elle me lança un exemplaire de mes Idées à la figure. 

Ça m'a fait mal. 


J'ai souvent envie de lire ainsi, à reculons, et je m'autorise de plus en plus souvent à procéder ainsi. 

C'était le soir. Une femme m'accosta. « N'avez-vous vraiment rien de mieux à faire que vous vouliez ainsi faire commerce de vous-même », lui dis-je en la repoussant. 

Recevoir un volume de ses Idées à la figure fait mal – à l'auteur. J'aurais pu me contenter de cette notation merveilleuse. Sans doute prend-elle plus de sens si elle est précédée de la rencontre avec la femme qui vend ses charmes, mais ce plus de sens n'est pas forcément ce qui me rend ces quelques phrases plus chères. En réalité, ce que je veux, ce sont les deux lectures. Celle que l'auteur a prévu de me donner, et celle que je prélève indûment – mais pas arbitrairement – dans sa prose. 

Si l'on sait, en plus, que l'auteur de ces quelques lignes n'est autre qu'Eduard Douwes Dekker, poète et romancier néerlandais du XIXe siècle dont le nom de plume était Multatuli, ce qui en latin signifie "j'ai beaucoup souffert", on comprend que la littérature, comme la vie, ne se donnent pas au premier venu.


Un jour du siècle dernier, j'ai donné un coup de poing dans un mur, et je me suis cassé le pouce. C'est extrêmement douloureux. J'ai passé de longues heures aux urgences de l'hôpital Saint-Antoine à Paris, car nous étions le premier mai. Mon frère aîné (il a fait de la boxe) m'a expliqué ensuite que je ne savais pas donner les coups de poing, ce qui est parfaitement exact, et qu'on devait toujours prendre soin de placer son pouce de telle manière qu'il ne risque pas de se briser sous le choc. J'ai depuis complètement oublié ce qu'il m'a raconté, et je me demande souvent comment il faut placer ce maudit pouce pour qu'il ne se brise pas, quand je donnerai mon prochain coup de poing. Quand donnerai-je mon prochain coup de poing ? Sera-ce également contre un mur ? J'espère que non. Cette fois-ci, j'aimerais savoir ce que ça fait de le donner à un autre, et j'aimerais surtout voir le résultat. Donner un coup de poing dans un mur n'est pas une expérience très passionnante. J'ajoute tout de même, pour ne pas être complètement ridicule, que j'avais fait un trou dans le mur en question, mais ça ne devait pas être un mur bien solide, je suis prêt à en convenir. L'infirmière (ou le médecin, je ne sais plus) qui m'avait fait passer une radio m'avait beaucoup plu, et j'étais retourné à l'hôpital pour la voir, mais en vain. Cette main cassée m'a fait souffrir longtemps mais j'en garde un bon souvenir.


J'ai souvent eu mal, très mal, même, dans ma vie, jusqu'à vouloir en mourir. Maintenant que j'ai l'âge de me retourner sur ces douleurs, je les trouve agréables, mais surtout indispensables, et je ne voudrais pour rien au monde en avoir été privé. Est-ce que je suis "masochiste" ? Je ne le crois pas. Mais la vie m'apparaît aujourd'hui comme une sorte de composition musicale. Lorsqu'on est jeune, on ne veut que les plus beaux passages, que les morceaux les plus sucrés, les plus savoureux, les plus doux, mais en vieillissant on se rend compte que ces morceaux de vie n'auraient eu aucune saveur s'ils n'avaient été accompagnés de ceux qui les contrepointaient douloureusement. Le plaisir n'existe pas seul, il faut qu'il se détache d'un paysage sans lequel il ne serait pas grand-chose.


Quand on n'a pas d'idées, on les lance à la figure des autres. On croit ainsi leur faire mal. En réalité, c'est nous-mêmes que nous blessons, car à peine sont-elles parties pour atteindre leur cible qu'on comprend de manière irréfutable qu'elles ne sont rien. Au lieu de meurtrir ceux qu'on visait, on fait un trou dans un mur, trou par lequel on a alors envie de disparaître.

Quand j'étais enfant j'avais un vice. Je faisais des trous dans les murs. Mes parents m'ayant offert une perceuse mécanique, je m'enfermais dans les toilettes et je perçais les murs, puis j'y enfouissais des noms écrits sur des feuilles de papier cigarette, ensuite de quoi je rebouchais le trou avec du mastic. La vie est un mur immense dans lequel se trouvent des noms enfouis, dont le plus souvent on a perdu la mémoire, mais qui sont toujours là, prêts à être réactivés. Ce sont autant de touches sur lesquelles notre vie appuie à des moments bien précis, et qui produisent des notes comme autant de parfums oubliés, dangereux, féconds.

De quoi pourrait-on bien faire commerce, si ce n'est de soi-même ? Les idées ne sont rien ; ce qui est important, c'est ce qui les a fait naître et ce qui les voit mourir, en nous, c'est le trajet souterrain par lequel les autres ont accès à notre être, même et surtout quand nous ne le savons pas. Ce que nous ressentons comme des coups n'est sans doute que notre être qui, pour retrouver ces noms enfouis dans notre passé, perce la muraille qui s'est refermée sur eux. 

Le Bel Aujourd'hui


Un soldat anglais se convertit à l'islam et en profite pour se convertir en femme, à moins que ce ne soit l'inverse. On ne peut que ressentir une grande admiration pour un tel personnage. On se dit aussi que tant qu'à se convertir à l'islam, autant en recueillir les fruits les plus doux ! Il existe des gens, tels ce soldat anglais, qui nous donnent une idée assez précise de l'enfer sur Terre. Il faut rendre grâce à de tels individus qui incarnent avec une grande abnégation tout le négatif qui se peut imaginer dans le réel. 

Un passé récent avait cru tuer Dieu, après s'être débarrassé du Diable, mais, si Dieu ne semble pas pressé de ressusciter, le Diable, lui, fait un retour tonitruant dans l'Histoire. 

dimanche 31 août 2014

SMS

Save My Soul


Carnaval


Alain, dans ses Propos sur le bonheur, note que même un « timbre de voix peut-être impoli ». C'est une chose qu'il est devenu impossible de faire comprendre à nos contemporains. Quoi, nous répondront-ils, que peut celui dont le timbre de voix est déplaisant, est-ce de sa faute ? Il en va de même pour les obèses, les moches, les nains, ils sont comme ça, et il serait bien injuste de leur en tenir rigueur ! Toute la morale moderne se tient là. On est comme on est, nous sommes nés ainsi, et personne n'a le droit de nous en vouloir d'être ce que nous sommes. L'aspect physique devrait échapper au jugement de l'autre, dans un double mouvement de sacralisation et de dénigrement. La figure, l'aspect de la personne sont sacrés, puisqu'ils sont le signe et la preuve de l'individualité ; on n'a pas le droit de porter un jugement sur eux, et pourtant, simultanément et paradoxalement, "le physique" n'a aucune importance, il relève du seul critère de l'être, de l'authenticité, du singulier, du "droit à la différence", et ce n'est pas la peine d'y prêter attention. Le corps est donc invisible parce que sacré. Il doit rester intact, intouché par la volonté, le scrupule, la honte, la gêne, la décence, indemne de toute observation (contraignante par nature), de toute autorité extérieure à celle de l'individu qui ne fait qu'un avec son corps, qui, ne s'en détachant pas, ne peut avoir sur lui le moindre regard donc la moindre exigence, hormis celle qui consiste à le laisser libre d'exprimer ce qu'il est, ce qu'il a toujours été. On aurait donc la responsabilité de ce qu'on fait, et pas de qu'on est.

Pour que cette manière de voir soit légitime, il faudrait que l'être soit une donnée intangible, qui échappe complètement à l'individu — ce qui ferait de lui précisément le contraire d'un individu. Or il est évident qu'on ne naît pas homme, mais qu'on le devient, et que la vie d'un sujet est précisément pour lui cette chance qui lui est donnée de devenir lui-même. Devenir soi-même est un travail, un trajet, une aventure, même, qui change aussi bien l'être que l'étant, pour autant qu'ils ne coïncident pas. On pourrait dire que devenir soi-même consiste à faire que l'être et l'étant se recouvrent exactement, ou le plus exactement possible, qu'ils deviennent un, et c'est bien d'un projet esthétique autant qu'éthique qu'il s'agit : Je ne vois pas très bien comment ce processus pourrait épargner le corps, le visage, le paraître.

Nous n'avançons pas cachés. Chaque individu est tout entier dans ce qu'il offre à voir et à entendre. On ne peut pas s'exprimer avec laideur et être beau. On ne peut pas avoir une voix laide et "bien chanter". On ne peut pas bien jouer du piano (ou du violon) et avoir un "son" laid. Ce que nous laissons ap-paraître ?, mais c'est nous-mêmes, précisément ! Quand on dit qu'on « s'exprime », on entend deux choses qui peut-être n'en sont qu'une, en définitive. On "s'exprime" peut vouloir dire qu'on parle, qu'on émet des signes grâce à un langage commun, compréhensible par autrui. Mais cela signifie également qu'on exprime soi, qu'on met à l'extérieur de soi ce qui se trouve "à l'intérieur", ce qui en nous est nous. On ne peut donc pas séparer ce qui sort de nous d'avec nous-mêmes. C'est ce qu'il faut répondre à ceux qui croient naïvement que "l'essentiel est de se faire comprendre" et que la manière dont on se fait comprendre est indifférente. Même celui qui s'affuble d'un masque se révèle par le choix de ce masque ; on ne peut pas négliger les signes qu'on émet sans se négliger soi-même.

Il ne s'agit pas de savoir si l'on peut nous en vouloir d'être ce que nous sommes, mais simplement de rappeler que nous sommes ce que nous sommes ; rien de plus, rien de moins. Ne nous étonnons donc pas d'être jugés sur ce fait. Il ne sert à rien de dire : « Oui, mais je suis aussi cela. » Si nous sommes "aussi cela", l'autre le sait déjà. À condition bien sûr qu'il soit doté d'une bonne vue, mais nous avons aussi la responsabilité de bien choisir nos amis, et plus encore nos ennemis.



(Pour Madame Sophie Bastide-Foltz)

jeudi 28 août 2014

Au cabinet


Francus a tenu deux semaines et demi, sans son forum chéri. C'est bien mais il peut faire mieux.

(Bon, il me demande de rectifier, c'est deux mois qu'il a tenu !)

dimanche 24 août 2014

Le Maître et la Sonate (12)


« Tais-toi, je t'en prie » (ou, l'écrivain est dans l'escalier)

Il y a ceux qui ont de la répartie, et puis il y a ceux qui répondent à côté, ou ne trouvent rien à répondre, sur le moment. Je ferais plutôt partie de la deuxième catégorie. 

Je connais un type, c'est tout le contraire. Vous lui demandez par exemple d'écrire quelque chose pour le mois prochain, mais alors quelque chose d'original, une œuvre d'imagination, en quelque sorte. Il est cuit. Vous pouvez lui laisser deux ans de rab, il ne commencera même pas. En revanche, vous lui lancez une phrase, à peu près n'importe quoi, et deux heures après il vous a écrit 15 000 signes à l'aise, et c'est brillant, presque parfait. 

J'aurais voulu être brillant, avoir de l'esprit, de la répartie. Je me disais que ça viendrait avec le temps, avec l'âge. Hélas ! Je suis encore pire qu'avant. En société, je suis un bêta. Un lourdaud. Un semi-légume. Vaut mieux que je la boucle. C'est tout ou rien. Si vous êtes brillant, vous pouvez y aller, et monopoliser la parole toute la soirée. Sinon, bouclez-là complètement. Avec un peu de chance on vous croira intelligent. Si vous l'ouvrez à moitié, ou si vous la fermez à moitié, alors là vous êtes cuit. Ridicule. Au mieux pâlot, médiocre, vous ne servez qu'à mettre les autres en valeur, aussi bien le spirituel causeur que le mystérieux silencieux. 

La question n'est pas de savoir si vous avez quelque chose à dire. On s'en fout. Tout le monde a quelque chose à dire, figurez-vous, ce n'est pas pour ça qu'on a envie de l'entendre. D'ailleurs, c'est exactement l'inverse. Si vous avez réellement quelque chose à dire, alors tout le monde le sent, et tout le monde se ferme à double-tour, instinctivement. C'est si vous n'avez rien à dire, qu'on a envie d'entendre ce que vous n'avez pas à dire, à condition que vous le disiez bien, évidemment. Celui qui a quelque chose à dire représente une menace pour l'autre : si jamais l'autre était perméable à son discours, s'il se mettait à l'écouter, et même pire, à l'entendre ! Sans compter qu'en plus il faudrait alors entamer une véritable conversation, ce qui est vraiment la pire des choses, quand on y pense… Vous vous mettez à échanger des idées avec un type. Vous ne savez même pas s'il vous les rendra. En revanche, ses idées à lui, vous n'en avez rien à battre ; si ça ne tenait qu'à vous, il pourrait les garder. Vous ne voulez pas de ça chez vous ! Déjà qu'avec vos propres idées vous n'êtes pas très à l'aise… Je dis "propres idées " pour me faire comprendre, mais les idées ne sont jamais propres. Jamais. Les idées c'est comme les billets de banques. Elles sont passées par tellement de mains, de bouches, de cerveaux, avant de vous arriver. Rien que d'y penser on en a froid dans le dos. Existe-t-il des idées propres et des idées sales, comme il y a de l'argent sale et de l'argent propre ? Peut-être mais, personnellement, je n'ai jamais rencontré d'idée propre. Toutes celles qui me sont venues venaient d'ailleurs, avaient été souillées, malaxées, mélangées, triturées, pas une qui ne me soit venue spontanément, sans qu'elle n'ait d'abord appartenu à quelqu'un d'autre. J'aurais bien aimé connaître une idée neuve, mais j'ai toujours vécu dans l'occasion, dans l'ancien. Oh, je ne prétends pas qu'elles furent toutes d'époque, loin de là, j'ai beaucoup pratiqué la camelote, le kitch, le juste dépassé, le ringard assumé, le prêt-à-porter, la reprise, le recyclé, l'idée en solde, le second choix, et même la contrefaçon. Sans doute n'ai-je pas les moyens de me fournir à la source.

Paul Valéry disait que toute la littérature n'était qu'une immense vengeance de l'esprit de l'escalier et il n'avait sans doute pas tort. On pourrait en déduire que les écrivains ne sont pas spirituels, puisque leurs réparties sont toujours réchauffées, de seconde main en quelque sorte, la main qui écrit étant seconde par rapport à la main qui parle. Ou, plutôt que réchauffées, leurs réparties sont cuites (et parfois recuites) alors que celles de l'homme d'esprit sont crues.

Mozart était un musicien d'esprit, alors que Beethoven était un compositeur-écrivain. Ce n'est même pas de la répartie, qu'il avait, Mozart, c'était qu'il avait en lui la répartie et ce qui l'a provoquée. Tout était toujours déjà là, avant qu'il n'ait l'idée de noter quoi que ce soit sur le papier rayé. Noter était presque superflu, et s'il n'avait dû jouer avec d'autres, par exemple à l'occasion de ses concertos, il aurait sans doute pu "improviser" sa musique. J'écris improviser entre guillemets car je pense que justement il ne s'agit pas du tout d'improvisation, même si la musique pouvait jaillir dans l'instant. J'y pensais en écoutant dans la voiture le trio que forme Keith Jarrett avec Gary Peacock et Jack DeJohnette. Une des choses qui me frappent quand j'écoute ce trio, et en particulier ce que fait le pianiste, c'est la manière dont il construit ses improvisations, dont il parvient à rester sur le fil du rasoir, constamment. Il réagit immédiatement à ce qu'il entend, évidemment, et c'est presque banal, de la part d'un excellent musicien, mais ce qui l'est beaucoup moins est que cette oreille extrêmement affinée et réceptive aux mille événements s'imposant à lui ne l'empêche pas de construire son improvisation, d'un bout à l'autre du morceau. Il arrive à se tenir en équilibre sur une crête extrêmement mince, aiguë, qui sépare deux manières de faire antagonistes. Parvenir à construire une improvisation (je parle là de la durée entière d'un morceau, ou au minimum de longues sections, un développement, une exposition…) tout en n'ignorant rien de ce que les autres proposent, et en y répondant dans l'instant, me semble être un défi qu'il faut être très grand pour relever ; mais c'est probablement quand on parvient à cette maîtrise-là qu'on peut se targuer d'être un véritable improvisateur. Les improvisateurs ont de la répartie, c'est bien le moins, mais il leur manque très souvent cette capacité à s'absenter de l'instant, à devenir plus intelligents qu'eux-mêmes, à se dédoubler, à créer un creux, un trou, une empreinte, dans la trame musicale, empreinte qui va permettre aux musiciens de parvenir par des voies différentes à créer un résultat unitaire.

Pour réussir cela, il faut savoir (il faut croire) qu'il y a quelque chose avant la musique, qu'une certaine vérité est donnée, en amont, et que le travail du musicien est de remonter la pente pour aller frayer à l'endroit d'où l'on vient ; il s'agit d'un retour, d'une reprise, et non d'une création ex-nihilo. Retrouver quelque chose qu'on a entendu.

(Il y a une cinquantaine d'années, nous avons voulu tuer l'auteur, et nous avons réussi, d'une certaine manière. Ce faisant, nous avons également assassiné l'autorité, qui procède de la même croyance, comme son nom l'indique. Si l'on pense qu'on arrive à la vérité par la réflexion, par l'intelligence, et que nous la construisons, la fabriquons, alors il n'y a plus d'art, il n'y aura plus que des arts-ceci et des arts-cela. (L'art, toujours aussi insupportable, n'a aujourd'hui plus besoin d'être attaqué, il suffit pour ceux qui le haïssent de se contenter de parler d'autre chose, ou de changer les choses en gardant les noms.) Il existe bien une source ; unique. L'auteur est celui qui va à la source pour nous. Prendre la vie à la source n'est pas donné à tout le monde, et l'art ne peut exister que parce que quelques uns seulement font ce voyage.)

Le sujet et l'objet dialoguent, depuis toujours. Entre les deux, le compositeur. On peut parfaitement écrire un éloge du carburateur ou que sais-je, on peut se prendre pour un papillon ou pour un chien, on peut vouloir faire la guerre ou aimer à la folie, mais il y aura toujours un compositeur pour se mettre entre un sujet et un objet, et pour écouter ce qu'ils se disent. En général, il aura oublié la seconde d'après ce qu'il vient d'entendre. 999 fois sur 1000, l'oubli recouvre le dialogue. "Com-poser" : mettre deux choses l'une à côté de l'autre, dans le temps, et faire jouer ces deux choses à un jeu qui consiste à ce que l'une de ces choses se prenne pour un sujet et l'autre pour un objet, puis noter ce qu'elles se disent, dans le jeu qu'on a institué. Ce pourrait être une des définitions de la sonate, mais aussi bien de la fugue.

Les deux choses ne savent pas que l'une et l'autre sont des choses. Elles pensent être, l'une un sujet, et l'autre un objet. Elles sont, au sens propre, manipulées, par le compositeur. Mais celui-ci ne les "manipule" pas pour leur faire dire autre chose que ce qu'elles auraient pu vouloir dire, il ne les trompe pas, il les met en relation pour qu'elles puissent enfin dire la vérité de cette relation. Il ne les force pas — du moins quand il est un véritable compositeur.

La vie est un éclair très lent. Le temps, nous ne savons pas ce que c'est. La musique est une réponse à cette question lancinante. On approche des femmes, on se cogne à leurs tympans, le temps de voir qu'elles ne nous entendent pas, quelles ne nous attendent pas. Le rideau se baisse. C'est le silence. Et puis ça recommence. Une femme à la fois belle et intelligente, ce Graal ? J'en ai connu une : elle était folle. En perpétuelle fugue. Quand je collais mon oreille à son ventre, j'entendais quelque chose que j'avais entendu, mais où, et quand, en quelles circonstances ? Je crois que c'était le Temps que j'entendais, le temps perdu… L'enfance qui revenait par d'autres voies, par d'autres voix. Tout était faux, en elle, mais elle était brillante, jolie, sexy, intelligente, rapide, une strette carnassière en chair et en os. Tempus fugit… tandis que nous errons, prisonniers de notre amour du détail. Ah, le détail… Elle en avait, de la répartie dans le détail ! Avez-vous de la conversation avec votre femme ? Tant mieux pour vous, mais vous ne ferez jamais un bon musicien, alors.

Carte postale (9)



Pace e salute !

Je suis sur le pont, 
je regarde les poissons. 
Annie se la coule douce,
elle suce tout le temps son pouce.
On est dans l'impasse
mais on vous embrasse.
(quand-même)

J.

samedi 23 août 2014

Oh !


Antiportrait de Renaud Camus, d'après un tableau de Renaud Camus.

vendredi 22 août 2014

L'Éclate


Ça décapite, ça égorge sec, en ce moment. En réalité, je suis persuadé que les sympathiques jeunes gens qui partent "faire le djihad" n'y vont que parce que, dans Koh-Lanta, on les brime. Ils n'ont pas le droit de violer les filles, de couper la main des concurrents, bref on ne les laisse pas vraiment s'amuser. Bon, balancer des chats par la fenêtre, torturer des petits vieux ou des juifs, ou faire cramer des chiens vivants, quoi, ça va bien dix minutes… C'est pas avec ça qu'on va s'éclater ! Faut être sérieux ! Quand on pense qu'il y en a qui se contentent des rodéos de voitures ou des feux de poubelles, le samedi soir, ça laisse songeur… Le manque d'ambition, c'est un vrai problème, ça, en France ! Il y a bien les braquages, mais ça ne rapporte pas tant que ça, et ce n'est même plus tellement médiatisé. Non, faut bien reconnaître que c'est plus ça, et nos jeunes sont obligés de partir à l'étranger pour s'éclater, c'est quand-même triste ! La fuite des cerveaux en Irak ou en Syrie, c'est dramatique ! Enfin, on se consolera en sachant que beaucoup de ceux-là reviendront en France pour nous montrer ce qu'ils ont appris là-bas. Finalement, c'est de l'échange de technologie. Et puis au moins ils auront potassé leur anatomie.

Le Maître et la Sonate (11)


Comme Bach, Beethoven est fondamentalement insituable. Mozart, et c'est son grand mérite, a fini une époque, l'a portée à son plus haut point concevable. Beethoven, lui, a autant commencé que fini. Il est classique, mais il est déjà romantique, comme Bach était classique et baroque, à la fois en retard et en avance sur son temps. Ils ne s'inscrivent pas bien dans la chronologie, il la débordent de toute part. Schubert avait une admiration éperdue pour Beethoven. Il se sentait tout petit, auprès de lui, et quand j'écoute Schubert, j'entends cette ombre immense, à l'abri de laquelle il a composé. Il aurait pu ne jamais écrire, paralysé par la peur et la honte. C'est je crois ce qui donne à la musique de Schubert cette saveur inimitable : il a dû pousser une porte minuscule, il a développé à l'extrême un territoire qui au départ était infime. Je le vois comme quelqu'un qui aurait volé un accord, un seul accord, à son idole, et qui l'aurait passionnément aimé, écouté, scruté, jusqu'à en trouver le secret, secret qui allait lui permettre de composer une musique d'une singularité d'autant plus affirmée qu'elle devait tout à son dieu. Il y a dans la musique de Schubert de ces longues plages qui ne sont que la contemplation infinie d'une sonorité admirée comme l'on regarde une statue, en tournant autour, en l'observant sous tous les angles, sous toutes les lumières, à toutes les heures du jour. Schubert tourne autour de Beethoven, il n'essaie pas de faire mieux, il essaie seulement de comprendre. 


mercredi 20 août 2014

Carte postale (8)



Connard.

Dragon de l'inutile


Chaque matin il se lève très tôt, afin d'avoir une longue journée de beau labeur devant lui. Il s'asseoit à sa table de travail, heureux à la perpective enivrante de ces longues heures qui vont lui permettre de mener à bien les mille travaux qu'il a en tête. Une fois bien installé, il attend. Il n'attend pas sans rien faire ; il attend en se délectant activement de ces bonnes et bienheureuses longues heures qui vont lui permettre de réaliser les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf projets qu'il a en tête. 

Les heures s'écoulent sans qu'il s'en aperçoive tellement il est pris par le plaisir intense d'attendre le moment où il va se mettre au travail…

Enfin arrive l'heure du déjeuner. Il lui est nécessaire de se restaurer après ces longues heures passées à attendre le moment propice. 

Une fois son déjeuner pris, il va se reposer un peu, car la digestion le fatigue. Là il sombre dans un profond sommeil durant lequel il rêve abondamment. Il rêve qu'il dispose d'un capital illimité d'heures de travail qui vont lui permettre de mener à bien les travaux infinis qu'il a en tête…

En se réveillant de la sieste, il s'aperçoit que le jour a décliné, mais il est heureux car il pense à la longue soirée qui lui reste, soirée durant laquelle il va pouvoir avancer dans son travail. Mis en appétit par cette heureuse perspective, il fait un excellent dîner, qu'il arrose de vin fin. 

« Tout va bien ! » se dit-il gaiement. Et il s'installe à nouveau devant sa table de travail. Et il se met à écrire : 

*

 ǝɹıɹɔé à ʇǝɯ ǝs lı ʇǝ ˙lıɐʌɐɹʇ ǝp ǝlqɐʇ ɐs ʇuɐʌǝp nɐǝʌnou à ǝllɐʇsuı,s lı ʇǝ ˙ʇuǝɯǝıɐƃ lı-ʇıp ǝs « ¡ uǝıq ɐʌ ʇnoʇ »

 ˙uıɟ uıʌ ǝp ǝsoɹɹɐ lı,nb 'ɹǝuîp ʇuǝllǝɔxǝ un ʇıɐɟ lı 'ǝʌıʇɔǝdsɹǝd ǝsnǝɹnǝɥ ǝʇʇǝɔ ɹɐd ʇıʇéddɐ uǝ sıɯ ˙lıɐʌɐɹʇ uos suɐp ɹǝɔuɐʌɐ ɹıoʌnod ɐʌ lı ǝllǝnbɐl ʇuɐɹnp ǝéɹıos 'ǝʇsǝɹ ınl ınb ǝéɹıos ǝnƃuol ɐl à ǝsuǝd lı ɹɐɔ xnǝɹnǝɥ ʇsǝ lı sıɐɯ 'éuılɔép ɐ ɹnoɾ ǝl ǝnb ʇıoçɹǝdɐ,s lı 'ǝʇsǝıs ɐl ǝp ʇuɐllıǝʌéɹ ǝs uǝ

 ˙ǝʇêʇ uǝ ɐ lı,nb sıuıɟuı xnɐʌɐɹʇ sǝl uǝıq à ɹǝuǝɯ ǝp ǝɹʇʇǝɯɹǝd ınl ʇuoʌ ınb lıɐʌɐɹʇ ǝp sǝɹnǝɥ,p éʇıɯıllı lɐʇıdɐɔ un,p ǝsodsıp lı,nb ǝʌêɹ lı ˙ʇuǝɯɯɐpuoqɐ ǝʌêɹ lı lǝnbǝl ʇuɐɹnp lıǝɯɯos puoɟoɹd un suɐp ǝɹqɯos lı àl ˙ǝnƃıʇɐɟ ǝl uoıʇsǝƃıp ɐl ɹɐɔ 'nǝd un ɹǝsodǝɹ ǝs ɐʌ lı 'sıɹd ɹǝunǝɾép uos sıoɟ ǝun

 ˙ǝɔıdoɹd ʇuǝɯoɯ ǝl ǝɹpuǝʇʇɐ à sǝéssɐd sǝɹnǝɥ sǝnƃuol sǝɔ sèɹdɐ ɹǝɹnɐʇsǝɹ ǝs ǝp ǝɹıɐssǝɔéu ʇsǝ ınl lı ˙ɹǝunǝɾép np ǝɹnǝɥ,l ǝʌıɹɹɐ uıɟuǝ

 ˙lıɐʌɐɹʇ nɐ ǝɹʇʇǝɯ ǝs ɐʌ lı ùo ʇuǝɯoɯ ǝl ǝɹpuǝʇʇɐ,p ǝsuǝʇuı ɹısıɐld ǝl ɹɐd sıɹd ʇsǝ lı ʇuǝɯǝllǝʇ ǝʌıoçɹǝdɐ uǝ,s lı,nb suɐs ʇuǝlnoɔé,s sǝɹnǝɥ sǝl

 ˙ǝʇêʇ uǝ ɐ lı,nb sʇǝɾoɹd ɟnǝu-xıp-ʇƃuıʌ-ǝɹʇɐnb ʇuǝɔ ɟnǝu sǝl ɹǝsılɐéɹ ǝp ǝɹʇʇǝɯɹǝd ınl ʇuoʌ ınb sǝɹnǝɥ sǝnƃuol sǝsnǝɹnǝɥuǝıq ʇǝ sǝuuoq sǝɔ ǝp ʇuǝɯǝʌıʇɔɐ ʇuɐʇɔǝlép ǝs uǝ puǝʇʇɐ lı ؛ ǝɹıɐɟ uǝıɹ suɐs sɐd puǝʇʇɐ,u lı ˙puǝʇʇɐ lı 'éllɐʇsuı uǝıq sıoɟ ǝun ˙ǝʇêʇ uǝ ɐ lı,nb xnɐʌɐɹʇ ǝllıɯ sǝl uǝıq à ɹǝuǝɯ ǝp ǝɹʇʇǝɯɹǝd ınl ʇuoʌ ınb sǝɹnǝɥ sǝnƃuol sǝɔ ǝp ǝʇuɐɹʌıuǝ ǝʌıʇɔǝdɹǝd ɐl à xnǝɹnǝɥ 'lıɐʌɐɹʇ ǝp ǝlqɐʇ ɐs à ʇıoǝssɐ,s lı ˙ınl ʇuɐʌǝp ɹnǝqɐl nɐǝq ǝp ǝéuɹnoɾ ǝnƃuol ǝun ɹıoʌɐ,p uıɟɐ 'ʇôʇ sèɹʇ ǝʌèl ǝs lı uıʇɐɯ ǝnbɐɥɔ

mardi 19 août 2014

Revanche


Le chanteur Pierre Vassiliu est mort. Filippetti va aller au cimetière. (On espère que Boulez va bien…)

dimanche 17 août 2014

Le Maître et la Sonate (interlude 3)


« "Pas la peine de regarder, j'ai déjà mis tout cela en musique !" Et moi, j'ai décidé de vivre dans cette montagne, parce qu'il me semble qu'elle recèle toujours la substance musicale qui s'est déversée sur Stravinsky et Ramuz… »

[« Too fast ? — No, no no, not at all ! »]

On ne peut pas être à la fois
Qui on est et qui on était

[Il y aura encore des guerres, et des marteaux sans maîtres.] Le garagiste découvre que le pompiste a rempli mon réservoir… d'eau. 

Boulez me propose de devenir son assistant à Londres !

Les partitions mythiques de l'éditeur autrichien Universal…

Il se met à lire son Marteau. On a du mal à suivre cette partition ; alors, l'exécuter…

— Mais… quand avez-vous eu le temps d'apprendre Tristan ?
— La nuit.
— Et dormir ?
— Je dors vite !…

— Combien de pages sur les Variations opus 30 ?
— Une vingtaine…
— Il en manque dix. Allez plus au fond.

La sonate assied ses déploiements sur deux thèmes-piliers. Quand, lors d'un second énoncé, (la réexposition), après les longs détours du développement, on retrouve ces deux thèmes-piliers, il est convenu d'opérer des raccourcis pour ne pas lasser l'auditeur avec une musique déjà entendue. La musique appréhende un temps psychique non conforme au temps physique. Une journée remplie d'événements passe vite. Une journée vouée à la méditation passe lentement. Se remémorer la première, événement après événement, prend du temps, tandis qu'on se souvient de l'interminable méditation en une fraction de seconde.

— You are a musician, too ?
— Yes…
— Wich kind of music ?
— Contempory…
— Like the Stones or the Beatles ?
— Difficult to say…

Je veux regarder le soleil !

_____________

— Strauss a appelé, dis-tu ?
— Oui, de l'hôpital. Il est alité.
— J'y cours sur le champ.
Furtwängler frappe.
Ja ?
Strauss est assis dans son lit, une lourde partition ouverte sur les genoux. Il fait signe à Furtwängler d'approcher. 
— Un prodige, un absolu !
Tristan.
— Je tenais à en parler avec vous, un connaisseur…
Il tapote sur la première page.
— Je vais commencer ma prochaine œuvre par la citation de l'accord initial de cet opéra. Des harmonies intenses, des lames dans l'âme. Mon ultime hommage à Wagner.
Quelques semaines plus tard, à Pontresina, dans les Grisons, il copiera l'accord de septième diminuée sous les paroles "J'ai longtemps rêvé…", au début de Frühling, le premier de ses Vier letzte Lieder.
Subitement, Strauss lance :
— Vous aimez Eichendorff ?
— Et comment !
— Avec lui je prendrai congé du monde…
Strauss tourne la tête vers la fenêtre, les yeux suspendus au ciel, de mémoire, il récite…

Ô, paix immense et sereine,
Si profonde à l'heure du soleil couchant !
Comme nous sommes las d'errer !
Serait-ce déjà la mort ?

Puis, Strauss tend des feuillets de papier à musique à Furtwängler.
— Regardez…

Une vingtaine de portées. Des notes minutieuses. Les barres de mesure tirées à la main. Vacillantes. Au centre, la mélodie de la voix, soulignée du texte d'Eichendorff.
— Je l'ai terminée en mai.
Dans le silence, Furtwängler découvre le manuscrit de ce premier chant, Im Abendrot, que Strauss a composé pour son cycle de quatre Lieder, qu'il finira par placer à la fin, à la suite des trois autres qu'il n'a pas encore écrits, cet été-là.


(Merci à Michel Tabachnik et son livre, De la musique avant toute chose)