mardi 30 septembre 2014

Alice et Joseph


Le langage ça devient très très compliqué cette histoire. Le langage il ne produit rien. Mais alors c'est de la suprastructure ou de l'infrastructure ? C'est difficile à dire, hein. Comme disait Staline, on n'a pas beaucoup changé le russe. On change pas le langage comme on change une police. L'idéologie ça allait pas plus fort, comme ça. « Non, vous ne voyez pas bien le problème, camarades. » Et Staline va jusqu'à dire que le langage est comme le bien commun d'une nation ! Mais voyons, le langage ç'a toujours été un système de l'ordre, et pas de l'information. C'est des ordres qu'on vous donne et pas des informations qu'on vous communique. On ouvre les nouvelles à la télévision et qu'est-ce qu'on reçoit ? On reçoit d'abord des ordres, et pas des informations. À l'école, les petits enfants ils reçoivent pas des informations… On donne du langage dans la bouche des enfants exactement comme on donne des pelles et des pioches dans les mains des ouvriers. Alors il ne veut pas dire par là que c'est du domaine de l'infrastructure, mais c'est du domaine des ordres. Et quand la maîtresse réunit les gosses, hein, c'est quand-même pas pour les informer de l'alphabet, c'est pour apprendre un système d'ordre. Leurs marqueurs syntaxiques c'est avant tout des marqueurs de pouvoir et que, une syntaxe, c'est un système d'ordre, un système de commandements qui permettront aux individus, ou qui forceront les individus à former des énoncés conformes au système dominant, et que l'école ça sert avant tout à ça. On réglera nos comptes avec les chomskyens plus tard. Les remarques de Staline sont très justes : il n'y a pas quelqu'un qui décide de la syntaxe. Le pouvoir c'est tout à fait autre chose que la propriété de groupes ou d'individus à un moment donné. Le langage c'est une formalisation d'expressions particulières qui a pour fonction la transmission des ordres dans une société. Cela implique que nous donnions du pouvoir une autre définition que celle de la conception marxiste. Le langage est — il ne faut même pas dire instrument — élément et composant du pouvoir. Pourtant il est bien informatif d'une certaine manière. Si quelqu'un dans la rue crie : « Au feu ! », il ne convient pas que les enfants entendent : « Au jeu ! » Une information, et des choix, et des approximations, mais qui sont relatives aux ordres communiqués par le langage… 

Lewis Carroll écrivait des lettres aux petites filles, jamais aux petits garçons. (Sinon, 1917, c'était foutu…)


30 septembre, retour aux sources



Rien à ajouter.

samedi 27 septembre 2014

Neauphle-Le-Château


À la fin des années 70, près de Paris, dans une petite commune des Yvelines située sur une butte rocheuse, a eu lieu un épisode capital et trop mal connu dans la vie des lettres françaises. Duras a transmis une liasse de feuilles 80g à Rouhollah Moussavi, dont le nom de plume était Khomeiny. Elle a voulu lui passer aussi une bouteille de whisky mais il n'en a pas voulu. Marguerite voulait ouvrir un atelier d'écriture et on lui avait dit que Rouhollah avait une bonne plume. Las ! Celui-ci a préféré les cassettes et la Duras, la pauvre, a dû se rabattre sur Chloé Delaume, la pauvre. Quand Rouhollah a décidé de partir prendre des vacances bien méritées en Iran, la pauvre Marguerite a vraiment accusé le coup. Elle a doublé les doses de Black Label et a téléphoné à Sollers pour se plaindre des hommes, ce qui n'était vraiment pas la meilleure idée qu'elle ait eue dans sa vie.

On a remarqué depuis cette date un phénomène très significatif : on lit de moins en moins, d'une part, et, d'autre part, on écrit et on vend de plus en plus de livres. Plus le nombre de romans publiés à chaque rentrée augmente, moins il y a de lecteurs, c'est prouvé, et c'est rigoureusement proportionnel. De ce constat on peut tirer plusieurs conclusions :

a. Les écrivains n'ont plus besoin de savoir lire pour écrire.

b. Les acheteurs de livres n'ont plus besoin de les lire. 

c. Neauphle-Le-Château est redevenu la paisible bourgade de banlieue qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être. 

d. Michel Foucault a la même voix que Bernard Gavoty.

e. Les gens sont maboules.

f. Khomeiny est un génie.

Prophylaxie


La vie c'est quand-même bath. Si si, je trouve ça vachement bath. Par exemple, sur Facebook, je me suis trouvé une nana, mais alors je te dis pas… Je l'appellerai Mylène pour pas tout révéler d'un coup. Mylène elle est pas croyable. C'est une guerrière, la Mylène, une combattante de choc, genre les SAS, tu vois. Tellement bête que c'en est un chef-d'œuvre, une sorte de Chapelle Sixtine de la bêtise. Mais elle ne se contente pas d'être très bête, car ce serait assez banal, évidemment. Non, Mylène elle veut du grandiose, et elle y atteint, d'une certaine manière bien à elle. Presque à chaque phrase prononcée par la vestale on est estomaqué, cloué au sol, ou propulsé dans le cosmos, et souvent tout ça à la fois. Elle les débite au kilomètre, c'est pas imaginable. Une vraie machine-outil à connerie, genre l'excavatrice qui perce sous la Manche, tu vois, mais à l'envers : elle, Mylène, elle t'envoie dix tonnes de bêtise à la minute dans les mirettes, comme ça, sans même y faire attention. Une fille très généreuse. Chaque matin, évidemment, je vérifie qu'elle est bien là. J'ai bien conscience de la chance qui est la mienne. Je ne suis pas un ingrat. Je remercie le Ciel. Qu'il fasse beau ou dégueulasse, moi j'ai ma Mylène de Facebook, pour me remonter le moral et évacuer le mauvais cholestérol. Ma Mylène c'est mon médicament. Vous voudriez des exemples, hein ? Vous voudriez que j'apporte des preuves de ce que je dis là, que je vous les mette sous le nez, comme du crottin encore chaud ? Comptez pas sur moi. Chacun sa Mylène, moi c'est ce que je dis toujours. J'en ai une, je ne la partage pas. Je vous connais, vous seriez bien foutus de me la piquer. Vous avez qu'à vous en trouver une. D'accord, pour dénicher un oiseau de ce calibre, à mon avis, vous pouvez toujours vous brosser, mais c'est chacun sa merde, hein ! Je suis pas communiste, moi. Je n'ai plus assez d'argent pour m'acheter des remèdes à la pharmacie, alors je les trouve sur Facebook. Faut se bouger le cul, mon pote, si tu veux pas crever la gueule ouverte. Tu veux avoir le cancer ? Pas moi. Trouve-toi ta Mylène, mon gros, c'est un conseil d'ami. Prophylaxe au max, c'est tout ce que je peux te dire ! Le vélo d'appartement c'est bien mais Mylène c'est mieux. Moi je bois deux litres d'eau, je mange mes trois fruits et légumes, j'ai arrêté la clope, je mâche lentement, et dix fois par jour je m'enfile du Mylène par les mirettes. Bon, parfois un petit Lexo aussi, je dis pas, mais beaucoup moins qu'avant ! J'ai même arrêté la sophro et le Taï-Chi, t'as qu'à voir ! Du coup, j'ai plus de temps pour lire Mylène, et la boucle est bouclée, si tu vois ce que je veux dire, ça fait boule de neige et tout le bénèf est pour mésigue. Ajusté au poil, que je suis, depuis ma découverte. Alors ben du coup la Mylène je la bichonne, forcément. Je lui mets des likes à tour de bras, une douzaine au moins par jour. J'ai calculé que c'est le nombre idéal. Trop c'est louche, et pas assez c'est pas assez. On est devenus super potos facebook, évidemment. Elle a bien vu que je la soignais. Bon, j'en rajoute pas, non plus, faut savoir rester discret et tout, mais elle sait qu'elle peut compter sur moi, c'est ça qui compte, au final. Je dirais que c'est de l'entraide écolo. Et puis nous au moins on réchauffe pas la planète, j'ai envie de dire. 

Je crois que son secret, à condition qu'il y en ait un, c'est l'absence totale de surmoi. Le clapet anti-refoulant, on lui a pas mis, à la naissance. Du coup ça sort comme d'un tuyau d'arrosage, en mode full open, avec les morceaux et toute la purée. T'en attrapes des bouts ou pas, c'est ton problème, mais Mylène elle dégorge à fond, sans réticence. Tu vois Jeff Koons ? Ça ressemble un peu à ça, mais avec plus de force. Elle veut laisser des traces, c'est sûr. En un sens, elle en laissera, ça j'en mets ma main au feu. Un peu comme les traces de pneus, sur l'autoroute, tu vois… Tu roules à cent-quarante et puis dans un virage tu vois les traces de freinage et les débris de pneus… Ça te fait tout drôle. Tu te dis, sans trop t'arrêter sur l'idée : j'aurais pu, moi aussi, foncer dans le décor… Et tu te sens tout chose, et tu frissonnes un petit coup. Mais tu remets la musique à fond, et t'accèlères pendant que Nicole elle ronfle, les pieds sur la boîte-à-gants. Et tu te sens vivant. Et tu bandes un peu, comme ça, l'air de rien dans ton futal Hugo Boss. Mais juste après tu penses aux radars et tu te sens encore plus vivant… Mylène, c'est encore mieux, et ça ne coûte pas de points sur le permis. 

jeudi 25 septembre 2014

Nouvelle morale


— Alors que faisiez-vous dans cette maison d'édition ?
— Pas grand-chose. J'apportais des papiers, je taillais des bouts de crayons. J'avais un titre de secrétaire mais ça ne servait absolument à rien. 
— Alors vous avez écrit ce roman, et puis après, qu'est-ce que vous avez fait ?
— Je l'ai tapé à la machine, je l'ai mis dans des paquets, quatre paquets, j'ai mis des faux noms, et je l'ai envoyé à quatre éditeurs, et puis j'ai attendu les réponses. Le premier je l'avais signé Danièle Aaron, et puis Baron, Caron, Daron. Un des éditeurs l'a refusé. Un autre m'a convoqué. J'ai vu un sous-directeur littéraire qui m'a dit : "C'est trop bien écrit". On m'a dit : "Ce n'est pas assez maladroit ! Il faut être gauche. Ce n'est pas un cri du cœur. " Mais si, en quelque sorte, c'est bien un cri du cœur. "Non, un cri du cœur, ce n'est pas écrit comme ça". 
— Mais vos personnages vont sur la côte d'Azur pour prendre des vacances. Pourquoi ?
— C'est bien, pour des personnages de roman, d'aller sur la côte d'Azur, vous ne trouvez pas ?
— Vous pensez que c'est nécessaire ?
— Non, pas vraiment. Mais ça leur fait plaisir, en tout cas, à ces personnages, moi je me mets à leur place. 
— Vous ne connaissez pas Saint-Paul-de-Vence ?
— Non, pas du tout.
— Mais comment avez-vous fait pour parler des cafés de Saint-Paul ?
— Oh, j'ai pensé que tous les cafés du monde étaient pareils. 
— Ce n'est pas vrai. 
— …
— Il y a des voitures, aussi…
— Je ne sais pas conduire.
— C'est une voiture comme dans les livres de Françoise Sagan ?
— Je ne sais pas. Je ne l'ai pas vue. Je n'ai pas vu non plus les voitures des romans des Françoise Sagan. Elles doivent être plus belles !
— On boit beaucoup, dans ce livre, aussi. 
— Ah oui, on boit. Ils boivent.
— Ça fait partie des choses que doivent faire les personnages de roman ?
— Non, mais les miens ils boivent tout le temps. Mais ils boivent bien !
— Ils boivent français, hein, ils ne boivent pas de whisky. 
— Oui, et puis ils boivent avec élégance.
— Et le style ? Et le genre ? À quoi peut-on le comparer ?
— Je ne sais pas. À quoi vous le comparez ? 
— Je ne sais pas… Il vous paraît absolument unique en son genre ?
— Oh non, non !
— Alors ?
— Eh bien, si l'on considère que c'est un roman, on peut le comparer à tous les autres romans qui existent, en tant que roman. Et puis après il y a des catégories…
— Oui… Et dans quelle catégorie le mettez-vous ?
— Eh bien ce n'est pas un roman historique. C'est une histoire d'amour. 
— Hum.
— Ça c'est déjà un genre, d'être une histoire d'amour.
— Oui. Est-ce qu'on ne peut pas définir ce roman par la morale du couple qui en est le personnage principal ?
— Au sens courant du terme, ce serait plutôt des gens immoraux. Mais si l'on prend le mot "moral" en un sens plus détaché, comme la recherche d'une conduite, d'une certain manière acceptable de vivre, alors ce sont des gens qui sont à la recherche d'une nouvelle morale. 

Escales


Regardez les gens qui sortent du métro, le matin. Ils prennent ces longs escalators, ceux qui montent vers la rue. Certains courent, ils sont en retard, d'autres, une fois posés sur une des marches de l'escalator, attendent patiemment ce que celui-ci les dépose au niveau supérieur. 

Ceux qui m'intéressent sont les autres, ceux qui continuent à marcher lentement, comme s'ils se trouvaient dans un escalier habituel, ou qui, de temps en temps, font quelques pas, puis s'arrêtent, puis reprennent leur marche ascendante, en pointillé. Imaginez-les dans un escalier normal. Ils font quelques pas, puis s'arrêtent, puis recommencent à marcher. Bien entendu, la différence avec l'escalier est que, même immobiles, ils s'élèvent. Les quelques pas qu'ils font de temps en temps ne servent qu'à accélérer un peu, à peine, la progression vers le niveau supérieur. Imaginons quelqu'un qui monterait un escalier de cette manière. Trois marches, puis un long arrêt. Deux marches, un autre arrêt. Cinq marches, très lentement, comme en hésitant, puis un arrêt très long… En réalité, les uns et les autres se déplacent, même quand ils sont immobiles. On peut le constater sur un escalator, mais dans un escalier c'est la même chose. L'escalier est une partie du monde, et le monde bouge, sans arrêt, et à très grande vitesse. Non seulement la Terre tourne autour du soleil, mais le soleil se déplace, lui aussi à très grande vitesse. En plus de ça, la Terre "respire" — la surface du sol s'élève et s'abaisse de plusieurs dizaines de centimètres chaque jour, exactement comme un cœur qui bat. 

Avez-vous joué la première des Ballades opus 10 de Brahms, au piano ("Edward") ? Il faut la jouer très lentement, pour sentir, réellement sentir, que nous sommes en mouvement, constamment, que nous le voulions ou non. Il y a dans cette œuvre un immense crescendo, un crescendo qui ne concerne pas le volume sonore, mais qui semble s'appliquer à l'Être, qui se dilate, qui envahit le pianiste, au moment où il joue cette musique. Jamais, je crois, dans aucune autre pièce pour piano, je n'ai ressenti une chose pareille.  Il faut laisser venir à soi la musique qui monte de cette œuvre à travers nous en train de la faire, ne pas la contraindre, lui laisser toute la place qu'elle demande. 

« Le travailleur ne se produit pas lui-même. » L'abondance de la dépossession est un luxe qui devrait rester privé. Les images se changent en êtres réels, grimpent dans la spirale du sens au même titre que le travailleur allant vers la surface, enfoui en son image intériorisée. Comportement hypnotique. J'entends le ré mineur comme une résurgence de l'hypnose sociale. À mesure qu'il monte, l'individu descend en lui-même, croisant son image renversée en un rêve immobile et dur. Il hésite, fait quelques pas, puis s'arrête. Où aller ? L'escalator social n'est pas en panne, contrairement à l'ascenseur, il joue son rôle mieux que jamais. Rester parfaitement immobile même quand on marche ou marcher quand on reste immobile, la vitesse citadine (qui s'est partout généralisée) permet cela. Il est devenu impossible de marcher. Les jambes du promeneur ont été arrachées comme les ailes des mouches le sont par des enfants sadiques. 

Regardez ce jeune homme. Il n'est ni homme ni jeune. Il possède deux jambes, deux bras, et n'a jamais appris à s'en servir. Il a deux yeux et deux oreilles et il ne le sait pas. Il pourrait parler, aussi, mais même cela il l'ignore. En revanche il possède une mobylette qui fait beaucoup de bruit. Il la tient entre ses jambes comme une femme qui hurle nuit et jour, sans raison. Il croit aimer ça simplement parce qu'il ne connaît rien d'autre. Il est parfaitement intégré, normalisé, il s'assimile lui-même, comme il arrive qu'un estomac malade s'auto-digère. 

Chaque fois que nous faisons escale, nous savons que nous allons le regretter. Mais c'est plus fort que nous. La mort se calque sur la vie qui imite la mort, et nous refaisons constamment le trajet  d'un bord à l'autre du miroir, sans cesse persuadés d'en être sortis, d'aller vers la lumière, alors que nous tournons en rond dans la poussière. Le feu et l'eau, et le souffle du divin, comme les souvenirs terrifiants d'une vie vécue. 

Je la vois, dans son lit d'hôpital. Elle me voit ouvrir la porte, doucement. C'est le soir. La mère est là aussi, maussade. Au-dessus du lit les photographies de la famille, enfants, mari. « Maman, tu peux nous laisser, s'il-te-plaît ? » Elle porte la chemise des condamnés à mort. Elle me prend le bras, je l'emmène aux toilettes. Je le regarde et je l'écoute uriner à moitié debout, un jet long, puissant. Elle se recouche. Personne ne doit savoir que je suis là. La mère est partie furieuse. Vais-je la perdre ? D'habitude elle est de l'autre côté, en blouse blanche. Elle a été opérée en urgence. L'hôpital est immense. La vie individuelle… Est-ce que ça existe ?

Passager clandestin, amour fantôme, amant caché, je rôde dans les couloirs. Je viens la nuit. Je repars avant le lever du jour. Notre amour au téléphone, notre amour par sms. Personne ne me connaît. Je n'existe pas. Je n'existerai réellement que le jour où nous nous séparerons. Alors c'est lui ?

L'hôpital, sans doute le lieu que je connais le mieux, avec mon lit… Annecy, Rumilly, Lyon, Paris, Avignon, Marseille… Ma mère, on avait tiré le rideau, sur elle. C'était au temps où les malades étaient dans de grands dortoirs. Tirer le rideau, ça voulait dire : c'est fini. Seule, sans personne. À l'époque, quand on avortait, on risquait sa peau. Elle s'en est tirée. Un miracle pour que je puisse arriver. Ma mère… Hercynienne, comme disait Papa. Indestructible. Oui, mais il ne l'a pas tenue dans ses bras quand elle était frêle comme un fétu de paille. Il ne l'a pas tenue quand elle était aux toilettes. Il ne l'a pas douchée. Il ne l'a pas nourrie. Il ne l'a pas trouvée par terre, restée dans la cave, dans le froid, sur le sol glacé, toute la journée, à appeler au secours. Il n'a jamais su. Il ne l'a pas vu se tordre de douleur, mettre des excréments partout. Il ne s'est pas levé dix fois dans la nuit pour aller voir si tout allait bien. Ils avaient le même âge exactement mais il n'a pas vieilli, lui. Je suis plus vieux que mon père. Il n'a pas su qu'elle pourrait ne pas le reconnaître. Tant de choses qu'il ne sait pas, Papa !

La vie individuelle, rares sont ceux qui en ont seulement conscience. Deux pas en avant, trois pas en arrière, trajet sans escale dans la soute aux bagages. Vous croisez un chien qui aboie, il vous énerve. Il est terrorisé. Pourquoi ? Un lapin en train de mourir dans les vignes, sur le plateau. Vous décidez de l'achever, pour qu'il ne souffre pas. Toutes ces vies, en travers de la vôtre… Ces femmes… Échanges de salive, échanges de souffles, échanges de coups. L'Argent. Le Temps. Le Hasard. Pourquoi le ré mineur ? Pourquoi le si mineur ? Pourquoi se poser la question ? Pourquoi composer ? Monsieur est poète. Quoi ? Vous plaisantez, j'espère ! 

Je me suis donc retrouvé dans la clinique au bord du lac. Avec les dingues. Le psychiatre, un sale con barbu, ami de la famille. Le vieux monde craque de partout. Le matin, petit déjeuner. On entre dans la salle à manger, un par un, on nous donne nos médicaments à l'entrée. Il ne reste plus qu'une place, comme par hasard à côté d'un colosse irascible. On ne pense pas assez à ça, et pour cause, quand on se suicide. Le jardin. Les "activités". « Vous n'allez pas participer ? — Non. » Mauvaise réponse. La chambre avec la fenêtre qui ne s'ouvre pas, la table et la chaise fixée au sol, et la porte qui ne s'ouvre que du dehors, bien sûr. Dans l'après-midi, mon voisin de table a piqué une crise et a balancé la table du réfectoire contre les vitres. Un peu d'animation. Le psychiatre, mais oui, ça me revient maintenant, c'est le mari de la maîtresse de mon frère. Il roule en BMW noire, il me demande ce que j'écoute. Qu'est-ce que ça peut te foutre, connard ? Il note dans mon dossier. « Écoute les sonates de Beethoven, par Maurizio Pollini. Ne veut pas participer aux activités. Arrogant. » Et ta femme, elle participe aux activités ? Il suffit d'une signature et vous vous retrouvez comme ça, du jour au lendemain, privé de liberté, pour votre bien, évidemment. Merveilleuse famille. Merveilleux médecins. Ah, les psys, assistants du Diable. Pauvres gens d'une bêtise insondable. Camisole chimique : si on ne connaît pas ça, on ne connaît pas le Diable. Heureusement, ces imbéciles m'avait laissé mon portable. J'ai remué ciel et terre, j'ai exercé du chantage sur quelques uns, j'ai menacé, et je suis sorti le lendemain. Je ne t'oublierai pas, psychiatre, crois-moi. Saloperie de psychiatres. Sans aucun doute les plus imbéciles exemplaires de la race humaine. Nouvelle petite-bourgeoisie pleine de merde aux souliers. Crapules déculturées. Touristes crapoteux de la citoyenneté mondiale. À pendre par le slip vermineux.

La poésie. Les gémissements poétiques. C'est à l'hôpital qu'il faut les entendre. Entre deux examens, prises de sang, scanner, IRM, infiltrations. Entre deux repas. Promenades en fauteuil. Radiothérapies. Aspiration des voies respiratoires. Toilettes. « Vous pouvez sortir ? » Pas de témoins. Quand les aides-soignantes lisent tranquillement votre journal intime, par exemple, pour se divertir… Quand le chef de service vous prend dans son bureau pour vous dire que vous commencez sérieusement à emmerder le monde. La poésie ? Mais oui, Cher Monsieur, la poésie, j'aime beaucoup ça. Baudelaire, Hugo, Musset. Mais laissez-nous faire notre travail, ça ira beaucoup mieux. Je ne vous dis pas comment jouer Chopin ! Cette salope d'aide-soignante est une vraie sadique, je vais lui mettre une tarte. Non, surtout pas, ça va encore m'attirer des ennuis, mon Geronimo ! Les filles, comme on dit, elles rigolent. Une histoire entre un médecin et le fils d'une patiente, ça leur fait mouiller les babines. C'est qu'elles s'emmerdent grave, les filles, entre yaourt et caca, faut les comprendre. Elles rêvent de prendre l'ascenseur social, elles aussi. Why not ? Je lui ai quand-même dit, à la fille : « Vous savez que vous aussi vous allez être vieille et moche, dans peu de temps, et que vous aussi vous aurez des couches et de la bave aux lèvres, vous le savez, ça ? Vous êtes au courant ? Et qu'il y aura à ce moment-là des salopes encore plus salopes que vous pour s'occuper de vous ? » La poésie.

Elle a eu ce fils, qui ne rentrera jamais dans le rang. Une guerre contre l'autre guerre, en joue. Comment peut-on être aussi intelligent et aussi bête à la fois ? Et tout de suite je me suis trouvé comme chez moi dans la plus malfamée des compagnies. Qui pourrait dire ce que nous fûmes, debout sur ces planches courbes, le corps des femmes ? Être dans la place, au centre, au bas du ventre, comme des clowns dévêtus et débiles, sous les horloges des générations. Personne pour nous expliquer où se met la clef et dans quel sens on la tourne. La poésie dans le sang sans les mots en dépit du bon sens. Les fatigues et les plaisirs à l'ombre de la laideur en marche, au couchant de l'Amérique. Nous croyions être le monde débarrassé de l'histoire, tout nous le laissait penser, alors que le négatif tenait sa cour en secret, derrière les hauts murs de l'adorable insolence. Innocents comme des diables sans fourche qui pensaient faire escale dans le temps, quand le temps était le grand véhicule immobile de leurs vies, nous ne dormions jamais tout à fait. Longtemps après, il a fallu apprendre le sommeil, et les rêves, et l'opacité bénie du vertical. Rien ne nous y avait préparé, sauf peut-être les yeux doux et chauds des vaches, dont les odeurs nous étaient plus familières que celles de la métallurgie et des luttes sociales. 

Alors c'est lui, dans l'escalier ? Il paraît qu'il ne vit pas comme nous. Il lui a donné le cancer. Donné comme ça ? Donné comme ça, parfaitement. Offert, si vous préférez. Il combat les moulins à vent. Il ne fait pas ce pour quoi il est doué. Un type louche qui vit avec sa mère et un chien. Le vieux monde a craqué, en lui. Çe se voit sur sa face, figurez-vous. Il fait deux pas, puis s'arrête. Toujours en escale, entre deux marches, au bord des larmes qui foncent dans le noir. Prétentieux, orgueilleux, silencieux. 

(…)

lundi 22 septembre 2014

Ma Vie parmi les nombres (après une lecture de Millet)




Wagner ou Bizet, Mozart ou Beethoven, je n'arriverai jamais à choisir, se laisser distraire, aller dans l'inconnu, ne jamais savoir où se trouve la vérité, tourner en rond dans la poussière, avoir les yeux clos en plein soleil, mais comment font-ils, je ne sais pas, écrire où, sur un cahier, sur des feuilles volantes, sur l'ordinateur, rêver éveillé, déchirer des pages et des feuilles, plaquer des accords, s'en défier, retourner se coucher, fumer une cigarette, plonger le regard dans les yeux d'une vache, oublier, cette énigme, jaillir comme l'éclair, se refermer, oublier encore, écouter la pluie, jouer une gamme chromatique, une note sur deux, sur trois, sur quatre, sur cinq, se coucher pour mourir, les draps frais, nuit en plein jour, boire du café, expirer tout l'air qu'on a en soi, on se dit qu'on va se suicider par l'arrêt de la respiration, fantaisie, l'odeur de ma mère, précarité ironique du souvenir, notes répétées, virgules après virgules, se regarder dans le miroir, j'ai soif, j'ai faim, gamme pentatonique, espoir déçu, Don Giovanni, belle fille pleine de dents à tribord, l'angoisse comme paysage, coussin profond, non, Bizet, mystérieuse barricade, transpiration, souffle, haleine, je me suis toujours trompé, écriture, les arbres, le livre creux, l'haleine du livre entre les pages, aveugle comme les choses, l'idée, abandonnée, esseulée, oubliée, au lit, dans le catalogue, addition, séduction, grain de sable entre les seins, fente du scrupule inutile, bouche ouverte images de soi, mordre les doigts, pleurer, renoncer, perdre, oublier encore, partir, tout le blanc mineur, recouvert de larmes, je l'entends rire, et rire, et rire…

Le cheval est à la porte. Il frappe du sabot. Je regarde par l'œilleton. Que faire ? Lui ouvrir ? Faire comme s'il n'y avait personne ? Parler à travers la porte ? Je décide d'en parler sur Facebook. 

Ah, l'inconnu… Comme c'est tentant. Une naissance sans péridurale. Les jambes grand écartées devant les nombres hiératiques. Constellations de hasard : il compte ses propres pas à en devenir fou. Plénitude du sens au col de Luther, le nerf vague comme les chanteurs de maîtres russes. Ô King !

Sœur Martine me fait part de sa souffrance. Nous allons communier en Bizet. Si tout se passe bien, Michaela devrait revenir ce soir au parloir. On se fumera une petite tige derrière l'autel avec Valjean. J'aime le contact des draps frais. Les draps froissés me font faire des cauchemars, les brutes. 

Il prend les 138 fiches, les mélange, les distribue et s'en va aux toilettes. Chahut total. Les chattes griffent les chiens, et tout à coup un silence sépulcral se fait : on a déposé une tête de cochon devant la porte ! C'est Richard qui se tire de chez Gallimard. Part pour Bayreuth, s'arrête en chemin à Vesoul. Climat favorable. Il se signe devant Bill Evans, ça ne plaît pas aux journalistes. Cosette intercède en sa faveur, mais Javert ne veut rien savoir. Il pleut comme vache qui pisse. Lolita, sur ces entrefaites, arrive avec armes et bagages, monte directement dans sa chambre et commande une pizza au bacon. François se met au piano et joue des tritons tremblants. C'est dantesque. Le lac frémit, Cosima blêmit. Leporello part pour l'Amérique en business class. Tout est bien qui finit bien. 

C'est la Gloire du pitre, sur le plateau. Bilan : une guerre de religions et une fiancée en trop. Retour à Wagner, en passant par Paris. Les yeux noirs et l'heure bleue, l'affreux rire du dément, le décor se met en place, on n'attend plus que le Philosophe, l'idiot de la sainte famille et la femme au turban. Ça va commencer. Le Mont Ventoux rougeoie dans l'air du soir. On sort les olives. 


(à Monsieur Philippe Bastide)

Vite !



Je voudrais mourir, là, tout de suite, ici. Sans dire au revoir, sans prévenir, sans souffrir. Vite ! Rapide. Doux. Et te retrouver, toi, c'est tout. Je sais que tu m'attends.

The Old Country


C'est à la sortie d'un virage, après Saint-Hippolyte-de-Caton qu'il a vu la silhouette en plein milieu de la route. Quand les phares l'ont éclairée, il s'est aperçu que ce qu'il avait pris pour un homme était un chien, un énorme chien blanc, qui marchait très lentement, en le regardant. Il a freiné, s'est presque arrêté, le gros chien blanc s'est écarté légèrement de la trajectoire de la voiture, il a pu le contourner et continuer sa route. Il a regardé dans le rétroviseur mais le chien semblait avoir disparu. Le chien  ressemblait à quelqu'un qui rentre chez lui et qui a encore une longue route à faire. Aurait-il dû s'arrêter ? Mais pour quoi faire ? 

Quelques kilomètres plus loin, sur la même petite route déserte, alors qu'il était encore en train de penser au chien, il a vu les sept chevaux blancs, sortis de nulle part. 

De toute manière, que pouvait-il faire avec le chien ? Lui demander où il allait, le faire monter dans la voiture, le garder ?

Les chevaux étaient immobiles et le regardaient. Il avait l'impression qu'ils l'attendaient. Ils n'étaient pas complètement figés, comme il l'avait cru d'abord ; deux d'entre eux marchaient lentement, mais ce léger déplacement dans le tableau ne changeait rien à l'impression d'immobilité qui se dégageait de l'ensemble. Ils étaient là pour lui, c'est du moins l'impression fugitive qu'il eut juste avant de les dépasser et de les perdre de vue. Il arrêta la musique et continua sa route. Il ralentit. 

Juste avant d'arriver à Saint-Etienne-de-l'Olm il dut s'arrêter. Une dizaine de vaches blanches étaient en plein milieu de la route, immobiles, et lui barraient le passage. Machinalement, il les compta. Il y en avait onze. Presque toutes regardaient la voiture. Elles ne semblaient ni surprises ni effrayées. Impossible de les contourner. Alors il avança lentement, pour qu'elles se poussent sur le bas-côté. Les vaches qui étaient devant, près de la voiture, s'écartant, il continua de rouler très lentement, mais très vite il s'aperçut qu'il ne pouvait plus avancer, que les vaches du fond ne bougeaient pas. Il regarda derrière lui et vit que celles qui s'étaient écartées pour le laisser passer s'étaient maintenant regroupées derrière la voiture, l'empêchant de reculer. 

Il arrêta le moteur de la voiture et baissa la vitre de la portière. Ce qu'il vit à cet instant, il ne le comprit pas. Dans une lumière d'aube sourde et ouatée, c'est toute son enfance, comme comprimée en un souffle rauque, qui lui arriva sans bruit en pleine face. 

vendredi 19 septembre 2014

Notes en bas de la plage


Impôts, impôts, impôts… On ne parle plus que de ça, en France, depuis que François Hollande est président de la République.

Hier ma pharmacienne a refusé de me montrer ses seins ! Quelle inconsciente !

Jean-Bernard Pentecôte lit son livre au festival d'Avignon. Il est publié par les éditions de Minuit, maison prestigieuse s'il en est. J'écoute, devant une assiette de ratatouille qui refroidit, je suis médusé. Minuit en prend un coup.

J'ai acheté un kilo de bicarbonate de soude et un camembert LePetit.

Des dauphins viennent s'échouer sur la plage. Les touristes les remettent à l'eau, tant bien que mal. On ne respecte jamais ceux qui ne parlent pas.

Je tousse tellement que je me brise (fêle ?) les côtes.

Un abruti sur Facebook m'explique très sérieusement que les massacres de chrétiens, dont on peut voir de charmants exemples sur Internet en ce moment, sont en réalité commandité par le Mossad, qui paie les djihadistes 5000 € par mois pour arracher les seins des chrétiennes, après les avoir violées et tuées. Il ponctue chacune de ses phrases par des "^^". Ses "infos" viennent évidemment tout droit des sites soraliens. Ça me rappelle quelqu'un…

Le "Professeur JOYEUX" veut m'envoyer, par mail, et sans aucune contrepartie, des informations capitales sur ma santé. Merci Professeur JOYEUX, mais, étant donné que je vais bientôt être élu président de la  République, je pense qu'à ce titre j'aurais un médecin attaché à ma personne. Je ne veux vexer personne… Mais c'était sympa quand-même.

Quand je serai à l'Élysée, est-ce qu'on pourrait me trouver une petite salle inoccupée (ça doit bien exister) où je pourrai installer mon atelier ? Ce serait assez cool.

La nuit dernière, j'ai mis la main sur la cuisse de Catherine, croyant bien faire, mais elle s'est mise en colère ! Les femmes sont surprenantes.

mercredi 17 septembre 2014

Sciences sociales


Votre situation :

  1.  En couple
  2.  Fiancé
  3.  Marié
  4.  Célibataire
  5.  Amoureux
  6.  Divorcé
  7.  Paxé
  8.  En concubinage
  9.  Haine de l'autre
  10.  Indifférence totale
  11.  Envies de meurtre
  12. Hémorroïdes
  13. Don d'organes
  14. Début d'Alzheimer
  15. Juppé en 2017

Rayer les mentions inutiles.

mardi 16 septembre 2014

Carnet de correspondance (4)


C'est pas parce que Clarence c'est une grosse pute que ma Madison c'est une pute aussi. Faut pas tout mélanger. Chez nous on est bien élevés. Ça fait chier de devoir vous le dire car vous devriez le voir de suite. Alors vous faites comme vous voulez avec Clarence c'est pas nos ognons mais Madison elle viendra pas à votre colle parce qu'elle a rien fait. C'est comme ça et c'est pas négociable.

Bonne journée.


***

Bonjour.

On part visiter les cousins sur Lille alors John-Ross il pourra pas être là les deux premières semaines. Désolé du dérangement mais la famille c'est important. 

Magalie Blacoute


***

C'est pas correcte de mal parler aux gosses. Même qui font des bêtises faut le respect. C'est des gosses. Alors mettez votre orgeuille dans votre poche et accepter leurs ressentis parce que eux aussi ils ont droit d'avoir un ressenti quand les profs ils parlent mal. On vous a mis la pour montrer l'exemple aussi.
Tom il nous dit comment vous leur parlés c'est pas normal. 

Toclin Sharone


***

Tu vois déjà là j'ai même pas envie de parlé tellement je trouve sa grave en fait. Mais comme c'est mon fils je me dis je peux pas lasser passé sa. Alors à la cantine vous le laissé tranquil, Brad, parce que s'il veut pas mangé ou quoi sa le regarde et pas vous. Faudra pas lui faire la morale là-dessus longtemps avant que je m'énerve grave. Nous on paye et déjà c'est chere alors faudrait pas trop non plus nous cherché. Comme si vous saviez pas que la nouriture elle est limite limite !!! Oh !


***

A tous les profs de 5e D. Veuillez excusez notre fille Miriame pour ce vendredi elle va se faire poser un appareil alors elle peut pas venir. C'est pour la dentition c'est pour son futur c'est important. On n'est pas sûr qu'elle viendra l'autre semaine après parce qu'elle dit qu'elle sera affreuse et elle veut être populaire avec ses copines. On verra. Si elle est pas là c'est pour ça. 

Merci.

Gwendoline Fabréga


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Madame La Professeure de HTML

Augustin a du mal à suivre vos cours, qui sont passionnants, c'est pas la question, mais il faudrait je pense le recadrer un peu juste ce qu'il faut pour qu'il ne perde pas la concentration, je pense. Augustin, c'est un rêveur, et puis vous savez ce que c'est, quand les poils poussent, je ne vous fais pas un dessin…

Merci beaucoup d'avance de le suivre et d'avoir l'œil.

Très cordialement.

Bastin Vianney 


***

Comment dire ? Depuis la réunion, je ne pense qu'à vous ! Ce cul, mais ce cul, bordel de dieu, c'est pas possible un cul pareil, mais comment vous faites, je veux dire, c'est juste pas croyable quoi, vous êtes ma déesse du cul, je vois pas comment dire autrement !!! Je peux plus regarder mon fils en face je vous vois, enfin je vois votre cul qui s'écrase sur la chaise de mon fils c'est carrément l'Enfer !!! J'vous jure, j'ai plus les yeux en face des trous. C'est bien simple : ma femme, je la vois plus. Vous voyez le square Cain en face du Balto ?…

Davy


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Monsieur Drobbès, Professeur de Français.

Pour les retards de Cyril, ce n'est pas de sa faute, et je vous demanderai s'il-vous-plaît la plus grande discrétion sur le sujet. Cela pourrait être cause de divorce et vous n'êtes pas sans savoir que les divorces ont une influence néfaste sur la progression scolaire des enfants. Aussi, Cher Monsieur, je vous demande comme un service (et une preuve de solidarité masculine) de ne pas signaler les retards de Cyril à votre hiérarchie (ni à mon épouse). Je vous en serai infiniment reconnaissant. Comme il est bon élève, vous m'accorderez qu'il peut se permettre quelques écarts sans que cela nuise à son travail. Il m'a d'ailleurs dit tout le bien qu'il pensait de votre enseignement !

Avec ma très haute considération,

Célestin Beulemans, Délégué des Parents d'élèves de 4e A


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Clio blanche. 5377 BSR 78 … 




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Madame

c'est vrai que mon fils il vient à l'ecole avec des scorpions dans les poches mais c'est sa passion les scorpions nous aussi on debut on avait peur mais en fait c'est gentil ces betes si on les embete pas faut juste rester tranquille et leur parler gentiment c'est tout je pense que ca pourrait interesser les autres eleves aussi en cours de svt ou autre soyez gentille il c'est un bon petit wilfrid il veut juste continuer avec sa passion c'est tout

Madame Jouhandot Noemie

lundi 15 septembre 2014

Carnet de correspondance (3)


Bonjour !

Je comprends pas c'est quoi un carnet de liaison. La liaison de qui avec qui en fait ? Merci de m'expliquer. Mon mari il est pas trop pour. Il veut pas d'embrouilles en fait. Sinon tout est ok pour nous, Justine elle a adoré la première journée open et on va la booster pour démarrer comme il faut. On va mettre le paquet !

Voilà. C'est ce que je voulais vous dire.

Marjo et Sam Rubens



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Bonjour. Sur le site du collège on a vu qu'on pouvait laisser des com aux profs mais j'ai pas compris où c'est qui faut s'inscrire. Merci de m'expliquer pour l'interactivité c'est pas trop clair.

caro-stasi-familly44@free.fr



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Cher Monsieur,

Je regrette de vous le dire, mais pour les cours de techno, on ne voit pas trop où ça va nous mener cette affaire. C'est la Gay Pride tous les jours à Amiens, maintenant ? Apprenez-leur plutôt des chants patriotiques, ça au moins ça leur servira à quelque chose à ces mollassons. Je suis sûr qu'ils ne connaissent même pas les paroles de la Marseillaise, vos élèves !

Mes respects.

M. Destouche



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Chère Mélanie,

Je vous trouve vraiment super comme prof. L'idée des smileys à la place des notes est trop trop bonne ! Karl (c'est mon mari) il aimerait bien si c'est possible qu'on vous invite à l'apéro pour discuter un peu sur comment motiver encore mieux notre Jules, parce qu'il a encore un peu de mal avec le cours sur la fraternité, vu qu'il est fils unique, en fait, et comme vous êtes sa prof principale on s'est dit que ce serait sympa d'en parler direct de vive voix entre nous. Si vous pouviez dire à Jules quand ça vous arrange de passer un soir, ce serait super. Je vous rassure, on est de gauche…

Bien cordialement.

Jisslaine Bader



***


Alors moi je n'ai pas vraiment compris à quoi servait le portail web. Si c'est pour les mots d'excuse ou les inscriptions à la cantine ou quoi ou qu'est-ce. Si c'est pour les notes et tout ça, je suis pas trop pour en fait parce que nos gamins ils sont fortiches en web et nous pas du tout, alors ils pourraient bien bidouiller les notes et tout et nous on y verrait que du feu, façon de parler. Mais bon je sais bien que question écologie c'est mieux. 

Martinu Delphine


***

Et vous vous êtes Picasso peut-être ? Se moquer d'un enfant de bonne volonté qui dessine, c'est lui manquer de respect. Il est déjà dyslexique, vous voulez en plus le rendre homo ?

Le Papa de Ludovic


***

Madame,

vos orientations sexuelles ne nous regardent pas. Alors abstenez-vous s'il-vous-plaît d'embrasser votre copine (ou votre "femme" ?) à pleine bouche devant l'entrée du Collège ! On n'est pas bégueules mais un peu de tenue tout de même ! Ma fille n'a pas à voir ça.

Brunoy Annelotte


*

Je suis le Papa de Sandra. Faites pas attention, ma femme elle a ses règles en ce moment. Lol.

Brunoy Jean-Marc


***

Mademoiselle,

pourriez-vous expliquer au gros dur qui terrorise mon fils qu'on peut très bien se prénommer Claude quand on est un garçon ? Ou bien va-t-il falloir que mon mari intervienne dans votre classe ? Ce genre de choses est inadmissible dans un pays civilisé, et je peux très bien habiller Claude en rose sans qu'il devienne la risée de ces brutes épaisses qui font régner LEUR ordre dans VOTRE classe ! J'ai été claudette dans ma jeunesse, Mademoiselle, et j'en suis fière !

Meilleures salutations. Anne-Françoise Leguillevic 



***

Madame (ou mademoiselle ?)

Alors c'était vous, hier, au carrefour ? Désolé, j'étais stressé, je n'aurais pas dû m'énerver comme ça. Je m'excuse vraiment et pour me faire pardonner je vous invite à la pizzeria de la place, on fera mieux connaissance comme ça, vous verrez je suis plutôt cool d'habitude et Luca m'a dit que vous aussi.

Je vous donne mon 06, vous pouvez me texter sans soucis.

Marco (06 06 76 67 98)

dimanche 14 septembre 2014

Carnet de correspondance (2)


Bonjour c'est le papa de Nabila. 

je vous demande de respecter ma fille c'est pas parce que c'est une fille qui faut la faire aller à la piscine déja elle a attrapé des microbes et sa pourrait etre pire. je vous remercie de respecter notre famille et nos traditions sans sa c'est n'importe quoi la france.

Le papa de Nabila


***

Bonjour.

Je ne comprends pas pourquoi mais ma fille elle comprend pas trop ce que vous racontez en cours. Faudrait essayer peut-être d'être plus proche de vos élèves, de tenir compte de ce qu'ils savent et/ou ne savent pas, je sais pas. C'est vous qui savez mais si j'étais à votre place j'essaierais de savoir et de me mettre à la leur. 

Cordialement, la maman de Laitissia Accaro


***

Ça fait quatre fois que notre fils il est puni c'est pas possible vous avez des dents contre lui c'est clair. De toute façon, ses punitions, c'est moi qui les fait, à tous les coups, alors moi je dis ça va bien comme ça. Avec ma femme on aimerait bien avoir un peu de temps à passé ensemble si vous voyez ce que je veux dire !!!

Lambronnet Eric.


***

Monsieur Morane.

Je sais ce que vous allez me dire et d'ailleurs vous me l'avez déjà dit c'est pour ça que je le sais en fait. Mais qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse? En ce moment je suis overbooké et ma femme elle est toute la journée sur les chardons ardents avec les triplés. Je sais pas si vous voyez le tableau mais c'est carrément chaud bouillant à la maison. Mais bon. Essayez juste d'être un peu cool avec Robespière, il est dans une période un peu hard, là, c'est pour ça. 

À plus tard, Hugo Honoré


***

Cher Professeur Merlot,

J'ai lu sur facebook ce que vous pensez de ma fille. C'est gentil mais j'aimerais que vous me rendiez cette photo, d'ailleurs c'est Marina qui vous l'a donnée ? On est fiers de notre Marina, mais c'est pas pour ça non plus qu'on veut en faire une star et tout. OK, elle vous a donné l'autorisation mais vous auriez quand-même du nous demander avant je trouve. C'est que maintenant elle a des rèves dans la tête et on peut même plus la faire venir le dimanche chez papy mamy à Arcueil. Enfin voilà, ce serait gentil si vous pouviez lui remettre du gout aux études et aux choses simples. Et me rendre la photo.

Mme Bertin, merci d'avance.


***

Je connais bien Merzak. C'est un gentil garçon. Si il a brulé votre voiture c'est juste parce que vous avez été injuste avec lui c'est normal. Il est spontané Merzak. Si il pense qu'y a injustice il répare l'injustice tout de suite vous voyez. C'est comme dans la vraie vie quoi. Et puis après tout une voiture c'est juste une voiture. Un tas de tôle comme dit mon mari. C'est rien que du concret vous voyez ? C'est pas la mer à boire ni l'everest à grimper en sandales vous voyez. Maintenant que je vous ai écrit sur Merzak je suis sure que ça va aller entre vous. 

Fatima Benbassa, la maman de Merzak


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Madame Fanny.

Je garde Castor à la maison, rapport à la grippe du collège. Vous comprenez et je vous en remercie. Ici on veut pas de ça.

Salutations distinguées.


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Toute la semaine ça a été le gros bordel à la maison. On n'avait plus d'Internet et il a fallu faire venir le dépannage et comme on a Free je vous dis pas le chantier. Brandon était dans tous ses états, et mon mari peut-être encore plus, alors on a dû faire le maxi pour rester zen. Sur ce le Brandon il nous fait une gastro carabinée mais alors je vous dis pas ! Bref, vous l'avez pas vu mais nous non plus on l'a pas vu il était toujours aux water. Sur ce je dois vous laisser moi aussi j'ai la colique.

Jessica Winter


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Si Annaële n'apprend pas mieux, qu'est-ce je peux faire ? Allez y, dites le moi, ce que je dois faire, l'attacher à sa chaise tous les soirs ? La ceinturer ? La priver de dessert ? Vous les profs vous êtes trop malins tiens je voudrais vous y voir sur le terrain ! Dénoncez nous à la Gestapo pendant que vous y êtes ! On a une vie aussi, faudrait pas trop l'oublier non plus !

L. Marion


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Anouchka voudrait savoir si elle peut venir avec le chihuahua (Gwentanamo) à l'école. Il est encore petit et elle le lache pas d'une semelle en fait alors elle le metrait dans une petite cage pour pas gênés les autres élèves. Ça devrait bien se passer à mon avis.

Merci d'avance. La Maman.


***

La sexualité c'est très bien quand c'est encadré par les parents mais au collège moi je dis STOP ! Vous déconnez complet sur ce coup là. Si c'est ça le collège moi je garde Tartarin à la maison et puis c'est tout. Ça va, oui ! Faut arrêter les conneries !

Timon Vagre


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Madame,

Mon époux et moi-même ne comprenons pas. Albert nous affirme que la petite culotte que j'ai trouvée dans son sac de sport est la vôtre ! Je n'aurai qu'une seule question à vous poser, Madame : COMMENT cette culotte s'est-elle retrouvée dans le sac de sport d'Albert ???

Merci de nous éclairer !

Marthe et Martin Duspasme

Presque rien



En regardant une interview de Cioran datant de 1973, je m'aperçois de la proximité de son visage avec celui d'Emil Gilels. La face carrée, les cheveux… Taureaux espiègles…

« Je ne suis pas plus bête qu'un autre. » « Je ne trouve pas qu'il faille absolument (se) réaliser. Mais il faut être quelqu'un. »

Je suis au jardin, ça sent les figues pourries ; à part les oiseaux, je n'entends qu'un avion, haut dans le ciel. Mon corps est rompu. Si j'avais un revolver, je le presserais contre ma tempe et je tirerais. Je vois la scène, mon corps renversé sur le côté gauche, dans l'herbe, le sang rouge, un tout petit désordre. Presque rien. L'avion continuerait à voler, les oiseaux à chanter. N'était la détonation qui, immanquablement, alerterait les voisins, rien ne changerait alentour. 

À quoi sert d'essayer de dire le vrai ? À rien. À rien du tout. Il faut se retirer du monde…

mercredi 10 septembre 2014

Carnet de correspondance



Dans la mesure où nous avons tout subi ces dernières années, serait-il possible à la rentrée prochaine d'avoir pour notre fille un professeur aimable, sérieux et ponctuel, ni stagiaire, ni enceinte, ni de santé fragile, ni militant syndical, ni gay (ou lesbienne) militant, ni djihadiste, ni rapeur, ni mythomane, ni hystérique, ni drogué ? Avec tous nos remerciements pour l'examen favorable de cette demande. 

Mme Angot

 ***


Mon fils il aime plutot les Stones que les Beatles. C'est quand même pas une tare il me semble ! 

Salutations 

 *** 


Alors voilà ma fille elle peut pas venir elle peut pas venir c'est comme ça on va pas en faire un fromage non plus. Merci de tenir compte de mes remarques. 

Morel Jessica 

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madame je sais pas vous mais moi si j'étais vous je mettrai la pédale douce sur les punitions parce que nous on peut pas suivre de toute façon mon fils il comprend pas ce que vous voulez alors faut arrêter.

Amel et Jo 

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 Monsieur, je viens de prendre connaissance de la deuxième punition que vous avez donnée à mon fils. Permettez-moi de vous dire que je vous trouve bien mou. J'ai pris l'initiative de tripler ladite punition et vous encourage vivement à l'avenir à envisager des châtiments plus coercitifs. Ce petit merdeux n'a peur de rien ni de personne, en dehors de moi, et il vous faudra d'autres arguments, croyez-moi, si vous voulez le mater, ne parlons même pas de vous faire respecter. 

Bernard Saint-Maclou 

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 fo rendre le portable a moussa tout de suite sinon son frére il vien le chercher 

nicole la maman 

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je suis le papa de sara je vous trouve très sexy. ma femme ma quitté alors si vous êtes ok on pourait prendre un verre comme sa un soir ou autre. je pense que vous etes d'accord avec moi qui faut être entre prenant dans la vie si on veut reussir. 

Mike 06 06 18 96 34 

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 A son prof principal. 

C'est vrai que vous les profs vous êtes érudits et vous en savez plus que nous mais c'est pas une raison je trouve pour nous humilier comme ça. Pourquoi ma fille elle devrait s'embêter à lire ces livres qui sont embêtants et pas drôles du tout, ça je me demande bien. Quand Lara elle vous a répondu qu'elle connaissait pas Hugo de Balzac c'était vraiment pas gentil de se moquer d'elle devant ses copines, enfin c'est mon avis de maman mais on pensent toutes comme ça. Vous voyez bien où ça vous a mené de lire ces livres après tout c'est pas le Pérou pour vous non plus excusez moi. Bon si elle doit acheter le livre quand même y a pas de souci on va l'acheter mais pour le lire ça c'est autre chose. Wet and see comme dit mon mari. 

Cordialement. Esmeralda Voinchet 

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Chère Mademoiselle, c'est avec beaucoup de regrets que je vous annonce que mon fils, Amhed, ne pourra pas participer à la classe verte que vous organisez avec l'école. Croyez bien que je suis la première à le regretter car j'ai beaucoup de travail au ministère en ce moment et il m'arrive de rentrer fort tard. J'aurais aimé le savoir avec vous, car je sais qu'il vous aime beaucoup. Il ne pourra pas venir car il est parti en stage en Irak, pour deux semaines, avec un de ses camarades du quartier. Vous comprenez, le stage est pris en charge par l'ambassade, c'est une chance unique pour lui, de voir du pays et d'apprendre un métier. Je suis certaine qu'il vous écrira mais je voulais vous prévenir le plus tôt possible. 

Avec toute ma gratitude. 

M. Le Karna 

 *** 


 Salut. 

Jérémi, il aime pas la flûte. Moi non plus j'aime pas la flûte. Maman non plus elle aime pas la flûte. Alors vous allez arrêter immédiatement de l'emmerder avec vos piaulements de gonzesse mal tringlée ou moi je viens vous la mettre où je pense, votre flûte. OK ? Jérémi il est comme son père : à la maison, c'est heavy metal, point barre. Jérémi quand il avait quatre ans il dormait contre l'ampli Marshall de son tonton Rick, alors faudrait voir à pas tout mélanger. La musique, ici, on sait ce que c'est, et c'est pas vous avec votre flutiau qui allez nous faire la leçon. On n'est plus au Moyen Âge, je sais pas si vous êtes au parfum ? 

Salut. 

Gaston Lelièvre 

PS. J'ai balancé le cahier de musique aux gogues. 

 ***


Monsieur le professeur. 

Ma gamine c'est encore une gosse. Je sais, c'est une précoce. Je sais, elle se maquille et elle porte de faux ongles. Je sais, elle a redoublé plusieurs fois, et du coup elle est plus âgée que les autres mais quand même, moi je dis que ma gamine c'est une gosse. Je sais ce que je dis. Je suis passée par là aussi. J'avais des nichons très gros déjà à treize ans alors bon, je connais l'histoire. Je sais bien qu'elle porte des strings et qu'elle se parfume et qu'elle a le vestibule un peu en avant, mais ma gamine c'est encore une gosse, y a pas à sortir de là. Alors les cours particuliers après les cours, voyez, je crois qu'on va arrêter, puis de toute manière on n'a pas trop les moyens, même si vous lui faites rien payer. J'ai même pas compris c'est quoi la matière qu'elle apprend avec vous alors bon. Je sais qu'elle a 19 ans mais c'est pas une raison. C'est pas parce que son père il a mis les bouts que je vais lui lâcher la bride à la gamine. Si vous avez des cours gratuits vraiment qui vous démangent à pas savoir quoi en faire, je vous signale que je suis encore assez partante pour les études. Alors voilà. On est dans l'annuaire. 

Ginou 

 *** 


Ma mère vous fait dire qu'on a été cambriolés alors on a tout perdu même le cahier de textes. Heureusement que j'avais caché le carnet de correspondance car sinon je sais pas comment on aurait fait. Donc c'est pour dire que j'ai pas pu faire mes devoirs, d'ailleurs ma petite sœur non plus elle les a pas faits et elle a eu mal ventre toute la nuit et elle avait la diarrhée. J'ai pas beaucoup dormi non plus car j'ai du consoler ma mère qui pleurait parce qu'on lui avait volé tout son matériel de maquillage et même la cire à épiler. Là mon père il est à la police alors il peut pas signer le mot et ma mère elle est trop mal alors elle m'a dit de l'écrire. Alors c'est pour dire que j'ai pas pu faire le devoir sur le vire-ensemble et qu'il faut pas me mettre une mauvaise note car c'est pas de ma faute c'est de la faute des cambrioleurs. 

Alors je signe : Sergiu Celibitache 

PS. Je serai un peu en retard car il faut que je m'occupe de ma petite sœur en plus.

10 septembre 2001, quelque part


Tu as treize ans aujourd'hui…

mardi 9 septembre 2014

Et le rap dans tout ça ?


Aujourd'hui, elle affirme qu'elle sait ce qu'elle fait sur Terre. Elle a trouvé sa voie. Du coup, elle continue d'oeuvrer pour des causes qui lui tiennent à coeur. Elle a ainsi fondé le "Big up Project", qui est une action contre la faim des enfants d'Afrique. Désormais, elle écrit. Son autobiographie, sortie en 2012, revient sur son parcours et sur ses différents choix de vie, et un second livre serait en préparation. 

Et le rap dans tout ça ? Désormais mère de famille, elle avoue avoir trouvé la paix et la sérénité intérieure. "Je ne suis plus en colère", donc il lui est difficile de rapper désormais. Loin des projecteurs, elle se sert des réseaux sociaux pour affirmer sa foi et prôner l'amour des uns pour les autres. Elle vit sa religion pleinement, bien loin d'un star system qui ne lui convenait pas…

Les plus humbles


« Je suis au service des plus humbles. »

Moi aussi !


dimanche 7 septembre 2014

Le Souper de catins (promo)



— Georges, votre avant-dernier film montrait très en détail la manière dont vous lacez vos souliers. Est-ce lié à un souvenir d'enfance ?

— [Pleurs] Non, je n'ai pas de souvenirs d'enfance.

— Rien ? Pas de gifles, de chagrins, de trous de serrure ?

— Rien. J'ai dû être très heureux, certainement. N'ayant eu ni parents, ni frères et sœurs, ni poupée, ni abonnement à la piscine, ni déguisement de Paul Claudel, j'en déduis que tout s'est bien passé.

— En somme, une vie déjà ordonnée ?

— Oui, voilà. Rien, l'ordre.

— Ce film-ci, pourtant, est plus discursif que le précédent.

— [Pleurs]

— Je disais cela parce que nous sommes à la radio. Néanmoins…

— C'est très intéressant, ce que vous dites là. Oui, mes films sont très construits, mais, sans images, ce qui leur donne une puissance d'évocation bien supérieure à la moyenne, forcément. Pour autant, je n'irais peut-être pas jusqu'à vous suivre. Mon précédent très-long-métrage était infiniment discursif, il m'étonne que cela vous ait échappé.

— Mais pourquoi montrer Irène éviscérée, durant ce long plan (1 heure 40 minutes) ? N'auriez-vous pu vous contenter d'une "photographie" ?

— Je ne fais pas de thriller. Et je n'ai jamais montré ce que vous dites. Votre interprétation est politiquement indéfendable. Mais surtout, la présence de photographies dans mes films serait considérée par mes spectateurs comme une entorse parfaitement inutile à une règle qu'ils ont acceptée depuis l'origine.

— Vous avez sans doute raison, mais tout de même, permettez-moi d'insister, pour le plaisir de la controverse. L'autre séquence, où l'on voit Faconde Norwest en train de masturber longuement un hippopotame mort était-elle dès l'origine dans votre script, ou bien avez-vous voulu faire plaisir à votre comédienne ? On vous dit pourtant totalement insensible aux désirs des acteurs…

— Je le suis, mais Faconde est tout de même ma cousine.

— Elle semble avoir une place très singulière dans votre œuvre, cette Faconde…

— Je vous crois ! Savez-vous que je lui verse une pension alimentaire ? Cela étant, je ne crois pas qu'il faille à tout prix personnaliser les enjeux comme vous le faites. Faconde, si vous voulez, c'est "le Théâtre" dans mon cinéma.

— Je ne suis pas sûr de vous comprendre.

— Je suis très intéressé par le théâtre, mais je trouve que ça parle trop fort, là-bas. Faconde étant muette, il me semblait que c'était un bon moyen d'introduire cet élément "instrumental" dans mon cinéma. Le corps de Faconde (disons-le comme ça), si vous voulez, ce sont les trois à-coups de mon désir perdu. Je ne veux pas perdre le contact avec l'humain.

— On sent bien que c'est essentiel, cette dimension, chez vous.

— C'est également la raison qui me pousse à abandonner de plus en plus toute bande son. Je ne veux pas polluer le discours de ces corps par une musique superfétatoire. Ne pas les montrer ne suffit pas à les préserver de la main-mise un peu fasciste du spectateur — qui ne peut s'empêcher de faire jouer son imaginaire : encore faut-il que ce qu'il voit ne soit pas ce que je montre. Pour cette raison, mes non-bandes-son (en ce qu'elles défont par leur absence la présence des corps absents) sont un des éléments constitutifs de mon langage cinématographique. L'humain, voyez-vous, ce n'est pas ce qui n'est pas non-humain, c'est précisément ce qui est humain, quand cet humain n'existe que dans son inexistence même.

— Peut-on parler de dépassement du dépassement ?

— Je le crois. Je ne m'intéresse pas à la radicalité, voyez-vous. Enfantillages, que tout cela. Si je fais du cinéma sans images et sans son, c'est uniquement parce que mon langage s'est séparé dès l'origine du principe binaire que cautionnent les entreprises à la Luc Moullet ou Adrien Cataténon. Je ne cherche pas à trouver, je trouve à chercher ce que je n'ai pas perdu. Étant sans souvenirs, ça prend un certain temps. Mais j'ai confiance : j'ai une mémoire d'éléphant.

— Avez-vous peur, parfois ? Peur du passé, peur de ne pas aimer, peur de recouvrer la vue, peur des enthousiasmes de Faconde Norwest ?

— Il m'arrive d'avoir peur, mais c'est seulement quand je viens sur mon blog.

— Merci, Georges.


samedi 6 septembre 2014

Sport


Ah, la corvée du samedi ! Eh oui, le samedi, Georges joue au tennis…

vendredi 5 septembre 2014

Cent Édentés grincent dedans la France et le Prince se pince…


Non, franchement, moi, la Trierweiler, je lui dis merci, mais alors pour un peu je l'embrasserais sur la bouche ! Autour de moi, j'en vois qui se prennent la tête entre les mains et qui reniflent à gros sanglots, qui se bouchent le nez et les artères, qui rasent les murs en pendouillant des babines, les cons. Quoi, ils ont honte ? Andouilles ! La politique avait foutu le camp depuis bientôt cinquante ans, la voilà qui revient, toute pimpante et hirsute, bien en chair et les bigoudis au vent, et ils se plaignent, les dingues ? Valérie, t'es tout simplement géniale ! Ah, fallait entendre la Ségolène chez Bourdin, obligée de prendre la défense de l'autre ahuri, alors qu'elle mourrait d'envie de passer la nuit avec la première Harpie de France à se taper des cocktails et des joints jusqu'à point d'heure. Il est fort, le Dodu pas sauvé des eaux. Il réussit à toutes les rassembler contre lui ; je donne pas six mois à la Julie pour rejoindre la meute. De toute façon, comme toujours dans ces cas-là, les soupiraux vont bientôt vomir les rescapés professionnels, et l'on verra de longues files de fuyards à la peau jaune et à l'haleine de chacal qui-auront-toujours-été-contre-Hollande mais qui ne pouvaient pas le dire

Le « sans dents », c'était le signal. Un coup de génie ! Même si elle n'avait trouvé que ça dans sa vie, la Trierweiler, ça la propulserait d'office an Panthéon des Sans-culottes post-historiques. Les Français vont l'adorer, elle va avoir sa chapelle, sa crème anti-rides, son parfum, son dentifrice, sa gamme de sous-vêtements, sa ligne de meubles pour la chambre à coucher, de lunettes de soleil, et sans doute plus mais je ne veux pas choquer le populo. Explosion de "Valérie" dans les déclarations d'état civil, Valérie repasse devant Fatima. Le "sans-dents" est un mot d'ordre, un mot de passe, et va évidemment avoir une gigantesque postérité. Peu importe que Hollande l'ait ou non prononcé, et peu importe même le sens exact que, s'il l'a prononcé, il donnait à cette expression hideuse, lui avoir placé ça dans les gencives suffit ; il est des formules qui font mouche, quand elles rencontrent un désir populaire qui ne trouvait pas jusqu'alors son condiment. Il peut se faire un sang d'encre, Dodu premier, ça oui, il peut se mettre au régime dès maintenant, et se faire saigner, car la morsure est mortelle ; elle lui a laissé une sangsue dans le verre à dents, Valérie, qu'il va avoir un peu de mal à avaler, à moins de la prendre avec un acide, et il n'en aura jamais le cran. Elle lui a farci le larynx pour dix ans, au Royal Dodu qui se prenait déjà pour le George Clooney de la Corrèze. C'est plus un autiste en majesté qu'on a à l'Élysée, c'est une eau triste comme un quai des brumes sans Michèle Morgan. À force de forcer sur l'autrisme, il a fini par se faire lessiver par ses lavandières très peu exotiques. Cécile, Delphine, Valérie, à qui le tour, petit Poulet ? Ah ben dis-donc ! il s'en souviendra, de son petit tour au sommet, l'arracheur de dents : il l'avait pas vu venir, le gros pétard à clous de la lavandière vexée, elle lui a mis une bonbonne du Butane sur les genoux, et elle va récolter les morcifs ; y en aura partout, ça va être un peu crade, mais ça va faire un joli feu d'artichauts devant.

La-fonction-présidentielle, qu'ils miaulent tous en remettant leur dentier ! C'te blague ! Mais ils ont pas vu qu'elle était partie aux chiottes comme un étron républicain, depuis Chirac au moins, la fonction-présidentielle ? Ça fait longtemps qu'elle a vécu, la pauvre fonction-présidentielle, que ça sent mauvais à trois kilomètres à la ronde, du côté de l'Élysée ! Je savais déjà que les Français étaient sourdingues, mais en plus ils ont le nez bouché. Manque plus qu'un petit glaucome des familles et l'affaire est dans le sac ! De toute manière, il fallait bien être sourd, aveugle et idiot pour mettre François Le Dernier sur le trône… Alors alors alors mais allons-y quoi, il le savait bien, qu'il s'agissait d'une farce, Caramel Premier ! Il paraît qu'il est très intelligent… On le renvoie dans sa chambre avec son pyjama qui se ferme dans le dos, on lui allume la télé, on lui met Fort Boyard, tiens, c'est bien Fort Boyard, on lui branche la perfusion, et on retourne regarder le match avec les copains. Enfin moi c'est comme ça que je vois les choses. Mais arrêtez donc de vous tordre les mains, ça ne pouvait pas durer toujours, la récré aux Pieds Nickelés ! Najatt Trucmuche et ses copines, elles ont bien un karaoké ou dans le genre, pour s'occuper, non ? Qu'est-ce qu'on aime les tragédies, par ici, c'en est cocasse à la fin ! Regardez bien une de ces photos officielles du gouvernement de Manu le Valseur, est-ce vous pouvez penser une minute qu'ils y croient, qu'ils pensent réellement être en charge de la France ? Sérieusement ? Moi je peux pas. Ils ont été recalés à Koh-Lanta, ou ils avaient pas leur vaccins, ou c'était pour faire plaisir à leurs vieilles tantes, c'est sûrement de cet ordre-là, faut pas chercher plus loin.

En France, on a eu des Sans-Culottes, des Sans-Papiers, des Sans-Domicile-Fixe, et, grâce à Mme Trierweiler, on apprend que la majorité d'entre nous, l'immense majorité, est désormais privée de dents. Moi je le savais déjà, mais on dirait que les autres l'apprennent seulement maintenant. De toute façon, on n'avait aucune intention de mordre la main qui nous nourrit, puisqu'elle ne nous nourrit plus depuis un certain temps, mais ils ont dû juger plus prudent de faire comme si on pouvait en avoir envie quand-même. Je ne comprends pas pourquoi tout le monde fait mine d'en vouloir à notre président d'avoir dit une chose pareille ; il n'a fait qu'énoncer un truisme, après tout. Être édenté, c'est pas beau. Regardez Houellebecq et dites-moi si c'est joli… Bon, vraiment, y a pas de quoi s'énerver, je vous assure. Si Valérie a mangé le morceau c'est qu'elle a encore quelques dents, elle, ce qui lui permet de sourire sur les photos. C'est quand-même plus agréable qu'une qui devrait mettre la main devant sa bouche au moment où le photographe lui dit que le petit oiseau va sortir ! Nous on aime bien voir le petit oiseau sortir, ça nous donne des ailes et comme ça on a l'impression de faire partie de l'histoire ! D'ailleurs c'est vrai ! Écoutons je vous prie notre Royal Dodu : « Je suis au service des plus pauvres. » Ça on le sait bien. Ça ne ment pas, un intermittent de café théâtre, sauf quand ça croit dire la vérité ; et, de ce côté-là, on ne risque pas grand-chose. 

mercredi 3 septembre 2014

Autorité


En Chine, au XVIIIe siècle, quand un haut fonctionnaire soumettait un rapport à l'Empereur, l'étiquette prescrivait qu'il fît une faute d'orthographe dans un caractère, à la première ou à la deuxième page de son rapport. Ceci donnait à l'Empereur l'occasion de faire montre de sa vigilance et de son autorité en rectifiant l'erreur, sans devoir pour autant lire le rapport jusqu'au bout. (Simon Leys, Le Bonheur des petits poissons)

Quand un jeune chef dirige pour la première fois un orchestre dont il craint le jugement et les moqueries, il ajoute intentionnellement une faute dans la partition, qu'il lui sera facile de "détecter" durant la répétition, faisant ainsi la preuve de son oreille et de son autorité. Évidemment, ce petit stratagème ne peut fonctionner que si les exécutants ne connaissent pas encore la musique qu'ils vont devoir interpréter, ce qui le réserve en priorité à la musique contemporaine.