mercredi 31 mars 2010

La plupart

Diversité et eucharistie


Le pianiste fit un nombre de fausses notes impressionnant. Comme me le chuchote un ami, alors : « C'est plus des pains, c'est une boulangerie ! »

À la sortie du récital, on l'interroge : « Maître, que s'est-il passé, une méforme, un mauvais piano, des courants d'air ? » Le type ne se démonte pas : « Je ne supporte plus ce fasciste de Mozart. Cette sonate est écrite en ut majeur, une tonalité éminemment suspecte. Vous rendez-vous compte que toutes les notes noires, ou presque, y sont odieusement discriminées ? J'ai simplement voulu faire œuvre citoyenne, en m'élevant contre la ségrégation, en apportant un peu de diversité dans la composition de cet artiste homophobe et raciste, n'en doutez pas, qui sent le moisi et le patriarcat insupportable d'un pays notoirement réactionnaire. Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour dire que ce genre d'œuvres est responsable entre autre du conflit israélo-palestinien, par un enchaînement de causes et d'effets qu'il serait trop long de décrire ici. Vous comprenez, j'ai eu la chance de côtoyer Anthony Braxton et Joan La Barbara, et il m'est très difficile de faire abstraction au quotidien de l'enrichissement considérable que ces artistes ont apporté à l'art en général et à la musique en particulier. Je continue à jouer Mozart, OK, mais en le revisitant, si vous voulez, en l'investissant avec mon vécu perso. C'est vrai que ça me semble on va dire la moindre des choses pour un artiste citoyen contemporain ! »

Mon ami lui demande de tirer sur son petit doigt. Le pianiste s'exécute, et l'on entend un formidable pet en ré bémol majeur. Sublime modulation !

L'autre s'évanouit dans un nuage odorant. On trinque.


Le belle Jacqueline

Fatum, fatum, fatum


Téhéran, Casablanca, Beyrouth, Mountain View et Beverly Hills, en Californie, l'Allemagne, la Suisse, le Brabant, São Paulo, le Hainaut (très nombreux), Agadir, Bruxelles, Laval, Montréal et Trois-rivières, au Quebec, Granollers, en Catalogne, Milan, Södra Sandby, en Suède, Wallis et Futuna, sans oublier la rarissime visite de Fuveau, une fois tous les deux mois, on voit que Georges a désormais des responsabilités, alors qu'il découvre, effaré, qu'il est lu depuis tous ces pays exotiques et lointains.

Peut plus dire de conneries, Georges ! Peut plus montrer des cons et des montagnes de poils, peut plus bombaïser Digoux et se payer le Matton ! On lui envoie même des livres anonymes, je ne sais pas si vous voyez ! Il va falloir faire la promo de l'info en actu et tout, au final, quoi, bien évidemment. Se tenir à carreau, rendre les armes qu'on avait empruntées, se peigner le matin, se brosser les dents trois fois par jour, résilier ses abonnements à Abbywinters.com et à Scary-Hairy.org ! Va falloir être gentil avec Véra et recenser les livres d'Arno Musca, demander pardon à toute la Bloge, ne plus lire Rebatet, dire du bien de Marie Darieussecq, s'abonner à Télérama et manger bio. Et faire du sport ?! Supporter le Beuche !?

On se croyait seul…


mardi 30 mars 2010

Höhenfeuer


Vingt-cinq ans. Durant vingt-cinq ans, j'ai vu ses seins. De très beaux seins, lourds, un peu trop lourds, des seins un peu déplacés sur cette poitrine d'adolescente. J'avais gardé en moi ce souvenir. Un souvenir précis, un souvenir charnel (c'est le cas de le dire), un de ces souvenirs qui vous constituent, qui donnent un sens à vos goûts, qui vous forment le jugement, et même peut-être le caractère — un souvenir comme une empreinte. Ce n'est pas une question d'esthétique, d'ailleurs, au sens propre, c'est plus une question de densité de la chair, d'accroche, de présence, de centre de gravité. Ce qui fait, après tout, qu'une femme est une femme, ou au moins qu'elle n'est pas un homme.

J'ai revu ce film, il y a quelques jours. Höhenfeuer, ou l'Âme sœur. Je l'ai autant aimé qu'à l'époque où je l'avais vu au cinéma, en 1985 ; c'est un petit chef-dœuvre brûlant. À nouveau, cette envie pressante d'aller vivre là-haut, comme eux. À la montagne, sans télévision, sans Internet, sans téléphone, sans chauffage central ni électricité. Près des vaches, et seul.

Seulement, pas une fois, dans ce film que j'ai revu, seul dans mon lit, pas une fois on ne voit les seins de Belli. J'attendais ce moment avec impatience, bien sûr. Rien. Rien, ou presque. Ils sont là tout au long du film, quand elle court, quand elle parle (ah oui, quand elle parle !), quand elle se penche en avant, mais jamais on ne les voit. Le moment où elle se réveille, et se rhabille, à demi assise encore dans le sac de couchage… Là non plus.

Les souvenirs les plus vivaces sont souvent des souvenirs de choses qui n'ont pas existé, comme les idées que nous défendons avec le plus d'âpreté sont le plus souvent celles qui ne sont pas les nôtres.

Je pourrais bien entendu écrire que les seins de Belli n'ont aucune importance, et que tout ce qui m'a marqué dans ce film merveilleux est l'écrin qui a rendu possible ce souvenir fantôme. Mais ce serait faux, ou ce ne serait pas réellement vrai. Après tout, que sont les seins des femmes, sinon ce souvenir (toujours vif) du bonheur après lequel nous courons toute notre vie ?

Le titre français n'est pas si mauvais qu'il y paraît d'abord. Il est même très bon, quand on y réfléchit un peu. Cette âme sœur dont on cherche la trace ou l'écho tout au long de notre vie, elle s'incarne dans des signes mystérieux, dans des formes, dans un désir insatiable que nous ne comprenons jamais. C'est un risque à courir, c'est sans doute le seul. S'écouter, tenter d'entendre cette voix qui ne se distingue de nous qu'en de rares et fugitifs moments durant lesquels un monde à la fois immense et ténu surgit comme une montagne qui est au loin et pourtant semble nous écraser de sa puissance intemporelle. Le geste du Bouèbe, qui pose sa main sur le cou de sa sœur pour l'"entendre" chanter (il est sourd), alors qu'ils viennent de se disputer parce qu'il a jeté la radio de celle-ci dans le bassin, est une des plus belles choses que j'ai vues au cinéma. Ne chante que pour moi, ne parle qu'à moi, qu'est donc cette demande, sinon l'amour ?

D'un trait, on peut réunir deux vies, à vingt-cinq années de distance.

lundi 29 mars 2010

Abracadalallah, les godes non-rétrogradables

De par ses origines néerlando-ouzbèques à tendance mélancolique, Feruza Georges était le mieux placé pour avoir l'idée des god(e)s halal. Ah mon Dieu, ce mot, ce mot, ce chien de mot ! Sale race, ces mots, je peux l'affirmer. Mais passons. Vous la voyez, cette main, la main droite de Georges Feruza 1er, vous la voyez bien ? Essayez la, c'est tout ce que je peux vous dire.

On me dit : « Frère, il y a un énorme marché à prendre. » Un marché à prendre ? À prendre en marche ? Apprendre la marche ? La marche charme, me dit-on de toutes parts. Marcher sans porc, est-ce possible ? Mais oui, mais oui, tout est possible, quand on a la foi. La foi vibrante, même. La foi à piles. Georges et le point G, c'est une vieille histoire d'amour. Georges a toujours eu la foi, en toutes circonstances, en tous points du blogue, Georges n'a jamais été circoncis, ni en latitude ni en longitude, il n'est pas inscrit sur les listes noires, ni rouges, ni bleues, son tire-fesses est en panne, ses œufs sont frits, il plonge sans angoisse dans la poudreuse, à tire larigot a vista. Vous la voyez, sa main ? Elle dépasse du sable glacé, elle se tend vers vous, marcheurs en chaussettes qui miaulez à la dune. La saisirez-vous à temps ? Depuis qu'il s'est aperçu qu'Allah était le seul dieu non-rétrogradable, Georges a la tête à l'envers. Le code de la Toute, il a ça dans le sang. À chaque panneau au talon, son cœur module sur la corde à vide. On pourrait prétendre, mais ça ne sert à rien, se tendre est bien suffisant. Un homme tendu en vaut mille, comme Achille. Bille en tête, god blesse parfois, mais qu'importe l'ivresse quand le flacon s'ouvre au génie. Soufflez, soufflez, mais souffrez donc, es muß sein !

Jésus, attends-moi ! J'ai des cornichons extra-fins. Con sordino. On me file le train. Virgule. Énorme virgule.

vendredi 26 mars 2010

jeudi 25 mars 2010

Objets sur fond noir

Elle me dit : « Mais tout le monde va penser que tu es obsédé ! »

Mais non mais non.



« Et puis je ne veux pas que tu montres mes fesses ! »

Bien.

mardi 23 mars 2010

Albert Duspasme (3)


Le mardi est un jour où l'on ne chôme pas. Dès l'aube, on procède à l'échange entre voisins. La femme du voisin se glisse dans votre lit et la vôtre rejoint le mari de celle-là. Les meilleurs éléments consomment une petite demi-heure, avant d'aller prendre leur Vitasex au distributeur installé dans toutes les cuisines. La douche commune est ensuite l'occasion de tester les nouvelles jeunes filles qu'on fait venir des fermes situées dans les banlieues. Chaque locataire mâle a droit à deux, parfois trois, de ces adolescentes affamées et ingénues. Au travail, on encourage les phrases équivoques, les tapes sur les fesses, et quelques autres gestes strictement codifiés, mais cela ne va pas très loin. À midi, les hommes sont séparés des femmes, pour favoriser le dialogue entre membres d'un même genre. C'est l'occasion de parler de ses expériences, de se donner des conseils, de constater les progrès accomplis ou, au contraire, la piteuse régression, à l'aune des autres individus d'une même tablée. C'est un moment très important, car il est l'occasion pour certains de faire leur auto-critique, en petit comité, ce qui est plus aisé que d'avoir à se confesser devant les Guides.

Un moment qu'Albert aime particulièrement est la sieste du mardi.

lundi 22 mars 2010

La Preuve


Vous vouliez la preuve que plus personne ne fait de politique en France ? Eh bien la voici : Domi de Pillevin crée un parti politique. Si un tel pitre peut se lancer dans la politique, c'est bien qu'elle a cessé d'exister. Comment aurait-elle pu supporter ça, sinon ?

Albert Duspasme (2)


Le lundi est un jour tranquille. En sortant du travail, Albert va directement au Sensutrans de son quartier. Il y fait ses quatre gymnosensues et regagne à pied son domicile. Ce soir, il a embrassé seize femmes. Ce n'est pas si terrible quand on a la technique. Deux d'entre elles avaient mauvaise haleine mais il a déjà vu pire. Il a été bien noté à l'exercice de palpation dans le noir et les douches étaient exceptionnellement calmes. Même pas une fellation. Vraiment, Albert aime bien le lundi.

Musette, les doigts gourds




(L'affreux rire du Georges)

dimanche 21 mars 2010

Fils


J'aimerais qu'on me présente ceux qui sont morts le 21 mars 2010 dans l'après-midi. Je ne me rends pas compte, est-ce que cela fait beaucoup de monde ? Ceux dont la vie s'est éteinte au moment précis où je suis né, se pourrait-il que je ne leur doive rien ? Cela me paraît impossible. Qu'ont-ils soustrait au monde qu'il faut continuer, ou reprendre, sous d'autres formes, sous d'autres cieux ? Ils ont effacé un trait qui a laissé apparaître une forme, non, plutôt l'inverse. Sur une tranche de cœur encore vivant quelqu'un a marché et un nouveau-né a crié avant la nuit. Aglan vient avec son large couteau, il me semble que c'est pour moi.



Albert Duspasme


Albert était rentré tard de la partouze du samedi soir. Ce n'est pas qu'il rechignait à s'y rendre, mais il était plutôt gros dormeur, et le dimanche matin, au printemps, était consacré à la Séduc-Action. Tout cela prenait du temps et il n'était plus tout jeune. À la partouze d'hier, quelqu'un lui avait fait en passant la remarque qu'il ne pratiquait peut-être pas le cunnilingus avec tout l'entrain qui convenait. Bien sûr, la chose avait été dite avec le sourire, mais il fallait néanmoins rester sur ses gardes. On pouvait facilement être dénoncé. Il avait déjà aperçu cette femme, qu'il n'aimait pas. Qui sait quelles étaient ses fonctions. Il allait devoir faire un effort à la Séduc-Action de ce matin. Il passa sous la douche avec un soulagement : la Fantaisie s'entendait beaucoup moins quand on avait la tête sous l'eau.

Pneumatique


Dimanche matin. Il lui donne une petite tape sur les fesses. Elle va au piano et commence la sixième suite anglaise. Le ciel est gris, il est tôt. Il va faire le café. Les trilles sont rugueux.



samedi 20 mars 2010

Prélugue et fude (pas du tout !)


J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça. J'aime pas du tout quand tu fais ça.



La vérité (suite)



Evidemment, ce que vous me dites là, je viens de l’inventer. C’est toujours le sous-sol. Pendant quarante années j’ai écouté ce genre de discours derrière la porte. Je les ai inventés moi-même, il n’y avait que ça qui se laissait inventer. Pas étonnant que ça se soit appris par cœur, et que ça me fasse de la littérature…

Enfin, est-ce que vraiment, vraiment, vous pensez que j’ai à ce point une cervelle d’oiseau pour imaginer que tout cela, je le publierai et que je vous le donnerai à lire ? Encore une chose qui m’étonne : c’est vrai, pourquoi est-ce que je vous appelle "messieurs", pourquoi est-ce que je m’adresse à vous comme si, vraiment, je m’adressais à des lecteurs ? Les œuvres du genre de celle que j’ai l’intention d’écrire, on ne les publie pas, on ne les montre à personne. Du moins n’ai-je pas assez de force en moi — et je ne pense pas qu’il faille que j’en aie. Mais, voyez-vous : une fantaisie m’est entrée dans la tête, et je veux la réaliser quoi qu’il m’en coûte. Voilà de quoi il s’agit.

Il y a dans les souvenirs de chacun des chose qu’il ne révèle pas à tout le monde, mais seulement à des amis. Il y a des choses qu’il ne révélera pas même à ses amis, mais seulement à sa propre conscience, et encore — sous le sceau du secret. Et il y a enfin des choses que les hommes craindront de révéler même à leur propre conscience, et ces choses, même chez les hommes les meilleurs, il y en a une quantité qui s’accumule. On pourrait l’énoncer ainsi: plus les hommes sont honnêtes, plus il y en a. Au moins, moi-même, n’ai-je décidé que récemment de me rappeler certaines de mes aventures — jusqu’à présent, je les avais toujours contournées, avec, même, une inquiétude bien réelle. Maintenant, non seulement je me les rappelle mais j’ai encore décidé de les écrire, et c’est cela que je veux essayer : est-il possible d’être entièrement sincère — ne fût-ce qu’avec sa propre conscience — et d’affronter toute la vérité ? Une parenthèse: Heine affirme que les autobiographies fidèles sont presque impossibles car il est presque sûr qu’on se mentira à soi-même. Il pense, par exemple, que Rousseau a menti dans sa confession, et qu’il a même menti sciemment, par vanité. Je suis sûr que Heine a raison ; je comprends très bien qu’on puisse s’accuser de tous les péchés du monde par simple vanité, et je conçois parfaitement quel genre de vanité cela peut être. Mais Heine parlait d’un homme qui faisait une confession publique. Moi, je n’écris que pour moi seul et je déclare une fois pour toutes que même si j’écris en ayant l’air de m’adresser à des lecteurs, c’est seulement pour faire bien, parce que c’est plus facile. Ce n’est là qu’une forme, une pure forme vide, je n’aurai jamais de lecteurs. Je l’ai déjà déclaré…



vendredi 19 mars 2010

Pour Macha




C'est à vous que mon trésor a été confié

La vérité


Et vous n'avez pas honte, et ça ne vous humilie pas ? me direz-vous peut-être, en secouant la tête avec mépris. Vous avez soif de vivre et vous répondez vous-mêmes aux questions essentielles avec votre logique de la confusion. Vos attaques sont tellement énervantes, tellement insolentes, et — en même temps — comme vous avez peur ! Vous dites n'importe quoi et vous en êtes satisfait; vous proférez des insolences, vous tremblez perpétuellement de ce que vous dites, et vous demandez pardon. Vous assurez que vous n'avez peur de rien, et, en même temps, vous essayez de vous grandir devant nous. Vous assurez que vous grincez des dents, et, en même temps, vous plaisantez pour nous faire rire. Vous savez que vos bons mots ne sont pas drôles, mais il est clair que vous êtes heureux de leur qualité littéraire. Peut-être est-ce vrai que vous avez souffert, mais vous n'éprouvez pas le moindre respect pour votre souffrance. Vous détenez une vérité, mais vous n'avez pas la moindre pudeur ; c'est la gloriole la plus mesquine qui vous fait exhiber votre vérité devant tout le monde, au pilori, à la foire… Oui, vous voulez dire quelque chose, mais votre peur vous fait cacher votre dernier mot car vous n'avez pas assez de cran pour lui trouver une expression, vous n'êtes mû que par une insolence lâche. Vous vous flattez de votre conscience, mais vous ne faites qu'hésiter, car même s'il est vrai que votre esprit travaille, votre cœur est noirci par la dépravation et, sans un cœur pur, une conscience pleine et juste est inimaginable. Et comme vous êtes énervant, que vous êtes collant avec toutes vos grimaces ! Mensonge, mensonge et encore mensonge !


mardi 16 mars 2010

Interruption (3)


L'amour des horloges doit venir un peu de là.

Interruption (2)


Le dimanche après-midi, les devoirs pas terminés, et l'on se précipitait sur le vieil Erard pour jouer en même temps que la télé…

Interruption

Georges vous demande quelques instants de silence, il est en train de faire sa prière.

lundi 15 mars 2010

OUI, ÉNORMÉMENT


On aura tout vu, tout entendu, tout gobé, tout cru. Même l'incroyable ne se fait pas cuire, faut croire. Tristes pratiques. Qu'on en vienne à célébrer ce pauvre Jean Ferrat, cette vieille ganache pathétique aux dents comme des pierres tombales trop récurées et aux vers dont même ma grand-mère Jeanne n'aurait pas voulu pour accompagner les pitreries de son Eugène quand il voulait faire le mariole à la fin des repas, est sans doute à mettre au compte des contre-renversements idéologiques de la post-modernité faisant les pieds au mur ; en partie. En partie mais quand-même.

Avant tout, cela signe l'indécrottable mauvais goût du Français plus très français mais qui se remémore le temps où il l'était encore. On aurait cru l'affaire entendue depuis belle lurette : quelqu'un qui chante aussi mal des chansons aussi cons ne peut faire transpirer que les aspirants à l'enfer sur terre. On ne sait vraiment plus de quel saint se défier, c'est tordant. « Belle voix » lit-on, ici ou là. Belle voix, vraiment ? Et mon cul, c'est du Toulet ? Décidément, cette foutue "chanson française", c'est une vraie chimiothérapie à ciel ouvert. On avait déjà eu une alerte au Jacques Bertin, mais ça ne prenait pas encore des allures de martyr national. J'espère que Bécaud, Nougaro, Coluche, Aznavour, Reggiani, Brassens, Joe Dassin, Ferré et tous ceux que j'oublie volontiers sont bien déjà morts et bien morts, parce que je ne supporterai pas ça plusieurs fois dans l'année. Comment va Gilles Elbaz ? Faites-le durer le plus longtemps possible, hein, maintenez-le en coma dépassé s'il le faut, mais attendez que j'ai franchi le dernier cap pour le débrancher ! Ce qu'il y a de bien avec les vieux chanteurs de merde, c'est qu'ils se tiennent tranquilles dans leur propriétés, ils prennent leur apéro avec bobonne et leurs cachets à heures fixes, ils vont promener leur chien-chien dans le parc et ils nous foutent un peu la paix. Sauf l'autre, là, celui qu'on ne peut même pas nommer tellement il est sur toutes les lèvres, notre Gloire nationale embaumée pré-mortem. Ah, celui-là, on n'est pas près d'en être débarrassés, mais je le préfère encore vivant que mort, parce qu'Elvis, à côté, ça va ressembler à l'enterrement de la vieille tante de province. Peut-être l'Arabie saoudite, ou l'Érythrée, six semaines, pour éviter les retombées radio très actives, mais c'est même pas certain. J'avais pensé à un stage dans un sous-marin nucléaire, mais ces cons ont la radio et même Internet, à tous les coups. En réalité, il ne doit pas y avoir pire qu'un sous-marin nucléaire, pour qui veut éviter de savoir ce qui se passe dans le monde et ce qui passionne ses compatriotes. Il n'y a qu'à imaginer six mois sous la mer pendant un Mondial de foute ! Peut-être une lamasserie au fin fond du Tibet, si on me certifie que François Matton est bien dans son deux-pièces-cuisine à Boboland.

Bref. Quand on connaît, quand on a connu Charles Trenet, le seul chanteur français de variété digne de ce nom, quand on écoute Billie Holiday, Ella, et tous les chanteurs noirs américains et même pas noirs (je ne parle pas des connards d'aujourd'hui qui roulent en "Limousine"…), on ne peut qu'être effaré par la gloire posthume de ces "chanteurs". Même cette tarte de Barbara Hendricks qui se mêle de faire "du jazz", la pauvre. Mais qu'ont-ils donc, tous ces pauvres gens, à ne pas savoir rester à leur place ? Ça les démange donc tant que ça de se ridiculiser ?

PS. Le titre est emprunté à un commentateur historique de la Bloge, à qui l'on tend le micro : Monsieur Yanka, Jean Ferrat a-t-il du talent, à votre humble avis ?

Oui, énormément.

AMEN, onvadir.


Mode d'emploi


1. Cliquez sur le lecteur audio de la Berceuse pour Luna.

2. Attendez 8 secondes…

3. Cliquez sur le lecteur audio du Message personnel n°13.

4. Rendormez-vous.

dimanche 14 mars 2010

Message personnel n°13


Mais tu vas le décrocher ce putain de téléphone, oui ou merde !?



samedi 13 mars 2010

jeudi 11 mars 2010

Blog




Et voilà, à peine rouvert, ce blog me fait déjà ch… Faut dire aussi que j'ai des c-o-m-m-e-n-t-a-t-e-u-r-s qui décourageraient même un Digoux devant son verre de pinard.

D'ailleurs, il passe son temps à cela, Georges, à essayer de semer ses lecteurs. Quelle joie quand il voit le compteur de visites qui descend, descend ! Pendant plus d'une semaine, il a été plat comme l'encéphalogramme d'un cuirassier de la Grande Armée en 2010. C'était beau, cette ligne droite. Il y a bien eu une alerte dimanche dernier, un visiteur égaré sur une page inexistante. Mais il a dû rapidement se sentir de trop, le visiteur, à peine la porte entrouverte il était déjà reparti, sans demander son reste. C'est curieux, ces habitudes que prennent les blogueurs, ces habitudes si rapidement prises. Pourquoi revenir, encore et encore, alors que rien ne les attend ici, que rien n'est amène, qu'aucun sens ni aucune information digne de ce nom ne peut leur donner l'illusion qu'ils ne perdent pas leur temps. À peine le rideau remonté en grinçant, on a vu les mêmes cohortes, les mêmes petits groupes, les mêmes individus patibulaires et vaguement honteux, la sueur au front, passer, repasser, le regard absent, comme les "repasseurs" des rues chaudes, quand ils déambulent, l'air de rien, sur le trottoir. Vraiment passif, le racolage de Georges ! On ne peut pas dire qu'on va les chercher, on ne peut pas nous accuser d'être "commerçant" ! D'ailleurs, je me demande si la devise de la maison ne va pas changer. De « Tais-toi, je t'en prie ! », qui n'est guère efficace, semble-t-il, on va sans doute dorénavant préférer : « Plutôt mort que sympa ! » Ici, le "Bonjour!" a la signification de good bye, à plus, à la revoyure, à tout'. On ne change jamais la devanture, on ne fait pas la poussière, le néon au-dessus de l'entrée est toujours en panne, ce n'est plus GEORGES, mais G OR ES. Les mouches volent au-dessus des tables tachées et ça sent le graillon. En vitrine, un vieux livre de poche de Ray Bradbury, taché lui aussi, Fahrenheit 451, et un album de photos souvenirs aux pages arrachées. Au fond, on entend un pianiste amateur qui s'escrime sur la Polonaise en la bémol. Il manque des touches à l'instrument, complètement faux. Ce con va nous rendre dingues ! Héroïque mon cul ! Seul le va-et-vient pour aller aux toilettes, en sous-sol, les talons qui tapent sur les marches de béton, et l'air de ne pas y toucher des habitués, pourraient donner l'idée qu'il se passe encore quelque chose ici. Le patron fait la gueule et il n'a plus rien à boire. Les clients rasent les murs et sont mal rasés. On se demande vraiment pourquoi l'autorité ne ferme pas définitivement l'établissement.

Écouter ? Comment ça, écouter ?


Si quelqu'un vous demande ce que vous faites dans la vie et que vous répondez que vous écoutez de la musique, il est exclus que vous soyez pris au sérieux. Je pense souvent au mot de Richard Wagner qui disait en substance qu'il était parfaitement normal qu'on lui assure non seulement la subsistance mais même une vie confortable et luxueuse, car il était "l'auteur de Tristan", et n'aurait-il composé que cet opéra. Les quelques artistes qui peuvent se flatter d'avoir écrit, peint ou composé quelque chose qui leur paraît compter dans la production artistique humaine comprennent cela, il me semble. Et ce n'est pas moi qui voudrais leur retirer ce privilège. Il existera toujours des envieux qui ne comprendront pas qu'un homme, fût-il un grand artiste, n'ait pas à gagner sa croûte à la sueur de son front. Que Gustav Mahler ait dû diriger et un orchestre et une maison d'opéra n'est pas quelque chose qui lui a fait perdre son temps, loin de là, mais il eut été préférable qu'il ait le choix, et donc la possibilité de ne pas le faire.

Écouter de la musique ? Et puis quoi encore ? Vous me voyez venir. Ici nous pensons sincèrement qu'il serait grand temps que Georges ne fasse plus que ça. Ça, quoi ? Vous voulez dire critiquer, donner son avis, écrire des notices pour des disques, pour des festivals, pour des encyclopédies, parler dans un micro, raconter la vie passionnante de Célestin Barmadu, le grand hautboïste ardéchois que personne ne connaît ? Non, on ne veut pas du tout dire cela. Écouter, et rien de plus : voilà ce que devrait-être l'activité principale de Georges.

Le matin, il se lèverait, prendrait son petit déjeuner, son bain, ferait une courte balade avec Luna. Puis il reviendrait s'asseoir, se préparer. Il passerait alors son habit, fraîchement repassé, se parfumerait, reprendrait une tasse de café (un mélange de Mexique Gragé et de Salvador Pacamara, avec un fond de Moka Lekempti).

Ensuite ? C'est très simple. Il appuierait sur le gros bouton rouge, installé dans son confortable fauteuil d'écoute. Tenez, ce matin par exemple, il s'agit du deuxième mouvement du concerto pour violon de Samuel Barber. Il dure neuf minutes.

Vous voudriez peut-être qu'on vous fasse part de nos réflexions, que l'on explique pourquoi ce concerto, pourquoi cette artiste, pourquoi le violon, pourquoi Barber plutôt que Chopin, et qu'on se mette à faire comme les imbéciles de la radio qui "comparent" des versions en cherchant désespérément à donner l'impression qu'ils savent de quoi ils parlent ? C'est bien sûr exclus. Que vous écoutiez Barber ou Sting, Bério ou Charles Aznavour, les Noces de Stravinski ou le dernier opéra rock qui passe à la salle des fêtes de Boudurin-les-Eaux, voilà bien de quoi on se moque éperdument. Nous n'avons aucunement le désir de changer vos habitudes, de réformer vos goûts, ni même, Dieu nous en garde !, de vous instruire. Surtout pas ! Il faut à tout prix que le monde continue comme il est, que personne ne change rien à son cours, il est hors de question de déranger quiconque. D'une ancienne vie, nous avons gardé un profond dégoût de l'enseignement, quel qu'il soit.

Soit, me direz-vous, mais alors, écouter quoi, écouter pourquoi, écouter comment, et surtout, comment justifier une telle occupation, si l'on peut parler ainsi, et comment même (le comble !) la faire rétribuer (par le fameux contribuable) ? Je dois avouer que je n'ai pas les réponses à toutes ces questions très ennuyeuses. Cependant, qu'on ait ou non les réponses à ces questions, il va de soi que c'est désormais le seul but de la vie de Georges. Il faut absolument que quelqu'un soit là pour écouter, le faire sérieusement, et ne faire que ça. Qu'on le comprenne ou non n'a pas d'importance. Pensez-vous avoir compris à quoi servent ces bonnes sœurs ou ces bons pères qui prient en silence dans les monastères catholiques ? Seriez-vous absolument certains qu'ils ne servent à rien que cela ne les détournerait pas une seconde de leur sympathique passe-temps. Savez-vous pourquoi Georges doit être désormais écouter la musique ? Je vais vous le dire : parce que c'est ainsi.