Florent et sa femme avec Colin [leur fils de trois ans] sur le Tanit ont choisi un mode de vie. A leur manière, ils ont mené des combats avec des convictions profondes: pour la paix, pour l’écologie, pour la tolérance, pour le droit de vivre autrement, pour l’entraide, le partage.
Avec son sens de la morale, un pacifiste est mort. Avec son amour des Africains, de l’Afrique un voyageur est mort. Avec le rejet du confort, du monde de l’argent, un rêveur est mort.
Voilà. Tout est raccord. Le type est “pour la tolérance”, “contre le monde de l’argent”, il “aime les Africains”. Par conséquent, du haut de son “sens de la morale”,il dit merde à ces planqués du Quai d’Orsay, merde à ces connards de l’armée française, qui lui déconseillent formellement de poursuivre sa croisière “pacifiste”dans des eaux infestées de pirates. Qu’a-t-il à craindre ? Il est du Bon côté, lui. Il a décidé de Vivre Autrement.
Il va donc affronter le vent du grand large. Il n’a pas peur d’aller au contact des richesses de l’Afrique. Il ne se laisse pas impressionner par je ne sais quel sentiment d’insécurité. Ce voyage formera son fils ; plus tard, il remerciera son père. Un autre monde est possible.
Dans son journal de bord, il s’émerveille du côté cool et sympa des militaires français, qui lui envoient des mails pour s’inquiéter de son sort, qui le survolent en hélicoptère pour s’assurer que tout va bien. Maman-Etat veille, nos impôts citoyens sont mis à bon usage, tout va pour le mieux dans le merveilleux monde Degauche.
Emmener un enfant de trois ans au large de la Somalie n’est pas l’acte irresponsable d’un père qui a perdu tout contact avec la réalité, qui vit dans sa bulle “morale” et“tolérante” ; ce n’est pas une scandaleuse mise en danger de la vie des militaires français, immanquablement amenés à intervenir en cas de prise d’otages ; c’est une formidable aventure humaine qui va sauver la planète.
Hélas, un malencontreux grain de sable vient enrayer cette belle mécanique. Le clip promotionnel s’arrête. Il commence à pleuvoir de la merde et des pierres plates sur ce “Paris-Plage chez les sauvages”.
Comme dans une tragédie grecque où tout est écrit d’avance, où les dieux ont décidé de perdre ceux que leur immense orgueil égare, Festivus festivus est fait prisonnier, ainsi que sa petite famille et ses copains, par des pirates africains musulmans qui n’ont visiblement pas capté son immense “amour des Africains”.
Florent Lemaçon n’a sans doute pas exercé suffisamment son ouverture à l’Autre. Il a dû louper une marche dans “l’entraide” et le “partage”. Il n’a pas assez potassé samallette pédagogique du vivre-ensemble avant de mettre les voiles.
En effet, ses ravisseurs, insensibles à son “rejet du monde de l’argent”, réclament une rançon tellement importante que le gouvernement, pourtant prêt à monnayer sa libération, la refuse. Ironie suprême de l’histoire, la famille de ce “pacifiste” est sauvée par les militaires français, tandis que lui-même est tué, peut-être par les balles de ses libérateurs.
Richard Phillips, le capitaine américain du porte-conteneurs attaqué au même moment par d’autres pirates somaliens, n’est pas un “pacifiste”, lui. Quant à son équipage, il est borderline facho, puisqu’il a déployé le drapeau américain à l’annonce de la libération de son patron. Richard Phillips serait même un atlanto-sioniste que cela ne m’étonnerait pas plus que ça.
Résultat : il a sauvé son bateau. Il a sauvé son équipage. Il est sain et sauf. Aucune rançon n’a été proposée, et encore moins versée. L’honneur de son pays est intact. L’ennemi sait que de nouveaux actes de piraterie à l’encontre des Américains sont extrêmement risqués pour une espérance de gain très réduite, puisque les Etats-Unis ont prouvé qu’ils étaient prêts à mettre en jeu la vie de leurs compatriotes en refusant toute rançon.
Mettez un “pacifiste” français au milieu du golfe d’Aden, et vous avez un mort ; des militaires mis en danger pour rien (le commerce international est vital, pas une balade touristique) ; une armée et un pays ridiculisé (les forces françaises ont peut-être tué l’otage qu’elles étaient chargées de sauver ; le ministre de la Défense a montré sa faiblesse en se vantant d’avoir proposé une rançon ; l’armée a proposé d’échanger un de ses officiers contre deux des otages) ; et des pirates qui ont toutes les raisons d’attaquer à nouveau des Français.
Fromage Plus ou Il Sorpasso auraient voulu faire un fake avec cette histoire de voilier, ils n’auraient pas trouvé mieux que cet éloge funèbre de Lemaçon fils par Lemaçon père.
A part ça, les Américains ne sont pas mieux partis que les Français pour sauvegarder leur identité nationale, leur patrie, leur civilisation.
Robert Marchenoir