lundi 31 mai 2010

L'Invention du triangle, la rédemption par le parfum


Dire que M. était une fausse blonde, franchement, ça ne résoudrait rien. D'accord, l'hypothèse ne manque pas d'intérêt : la différence entre une vraie blonde et une fausse, c'est une bonne question. Qu'est-ce que ça veut dire, d'abord, une fausse blonde ? La couleur des poils serait plus honnête que celle des cheveux ? Je sais bien qu'on se teint les cheveux mais franchement, quand-même ! rien n'interdit de se décolorer aussi la toison, ou de la colorer en bleu, en rose ou en vert, je ne sais pas, moi, comme on voudra. Il y en a qui le font j'en suis sûr. Et il y en a d'autres, des vraies blondes elles, qui ont la toison brune ou même noire, et qui la gardent comme Dieu la leur a donnée. Je me suis d'ailleurs toujours demandé pourquoi les poils étaient souvent moins blonds que les cheveux. Il faudrait que je m'adresse à un spécialiste. Mais qui ? Je suis sûr qu'on n'a jamais étudié sérieusement la question. C'est incroyable : penser à tout ce qu'on sait de complètement inutile pourquoi le ciel est bleu par exemple et on ne sait même pas pourquoi les poils des blondes sont souvent noirs ! Remarquez, on ne sait pas non plus vraiment la différence entre les poils et les cheveux. D'accord, les premiers poussent sur tout le corps, alors que les cheveux, c'est sur la tête. Mais, à part ça, rien. On ne sait même pas d'où viennent les deux mots latins, vous vous rendez compte ! Pilus et capillus, ça se ressemble pourtant, plus que poil et cheveu ; ça ne fait rien, ce n'est pas la même chose. Il y a un spécialiste qui a pensé que capillus ça venait de capo-pilus, autrement dit le poil sur la tête, sur le caillou. Ce n'était pas bête. Pourtant, ça n'a pas convaincu. Il paraît que c'est ingénieux mais arbitraire, que capillus fait penser à caput, la tête, sans qu'on puisse expliquer précisément, je dis bien précisément, "ni la forme ni le sens". (…) Finalement, les Anglais ont raison. Ils sont pragmatiques. Il n'hésitent pas. Un seul mot : hair. Comme ça, pas de problème, pas de questions inutiles : le cheveu et le poil, pour une Anglaise, c'est pareil. D'ailleurs, il paraît qu'elles sont toutes rousses. Sûrement de vraies rousses. En Angleterre, les fausses rousses, à mon avis, ça n'existe pas.

Donc, ça ne sert à rien de dire que M. était une fausse blonde. De toute façon, ce sont ses cheveux qui comptent. Personne n'a jamais vu sa toison et personne ne la verra jamais. Pas même Lui. (…)


dimanche 30 mai 2010

1806

L'année 1806 est une des années les plus extraordinairement riches pour Beethoven. Il termine la sonate opus 57, l'Appassionata, il termine le quatrième concerto pour piano, opus 58. Sous la pression de son amie, la princesse Christiane Lichnowsky, il écrira la deuxième version de Fidelio, puis les trois quatuors de l'opus 59, commandés par le comte Razumowski, ambassadeur de Russie à Vienne. Il compose également le concerto pour violon opus 61, et les 32 variations pour piano en ut mineur, et, à l'automne, il écrit très rapidement la quatrième symphonie, l'opus 60.

Le concerto pour violon est écrit en très peu de temps à la fin de l'année pour Franz Clément, un jeune violoniste de 26 ans. La première exécution a lieu à Vienne le 23 décembre 1806. La rédaction est terminée trop tard pour que le violoniste puisse travailler l'ensemble de sa partie, et il doit jouer une grande part du solo pratiquement a prima vista. Il existe une transcription pour piano, de la main de Beethoven, qui lui fut commandée par Muzio Clementi, pianiste et compositeur célèbre mais aussi éditeur londonien. L'accueil du concerto en ré majeur, « Le roi des concertos » comme on l'appela par la suite, fut très réservé. Ce n'est que bien plus tard, en 1844, lors de sa magistrale exécution par le jeune Joachim, âgé de seulement 13 ans, sous la direction de Mendelssohn, qu'il remporta le succès qui ne l'a plus jamais quitté jusqu'à aujourd'hui.


samedi 29 mai 2010

17h56


Puis, après quelques années encore, un jour, alors qu'on était au printemps, il joua sur le mode Chang la deuxième des cinq notes qui correspond à l'automne : un vent frais se leva soudain. Les plantes et les fruits sur les arbres mûrirent : l'automne était là. Il pinça alors sa guitare selon le mode Kiao. Un vent chaud souffla, et tout fut en fleurs : on était en été. Il pinça la corde Yu, et apparurent gelée et neige, les cours d'eau se figèrent en glace : c'était donc l'hiver. Il pinça alors la corde Che : le soleil brûlant apparut et la glace fondit.

jeudi 27 mai 2010

Georges et les cotons-tiges



Aurions-nous enfin réussi à nous débarrasser de nos derniers lecteurs ? C'est possible mais il ne faut pas crier victoire trop vite. Ce matin, nous en avons encore retrouvé deux, en état de décomposition avancée, aux limites de la propriété. Nous n'avons pas réussi à les identifier. Le premier s'était empoilé au point 111, son visage avait complètement disparu sous une forêt primaire au lourd parfum tropical. Le second est mort de fesse. On voit qu'il a terriblement souffert. L'odeur était presque insoutenable. Luna décrivait des cercles concentriques autour des corps : à mesure que les fragrances se faisaient moins agressives, elle s'en approchait. Même si leur disparition m'a réjoui, je dois confesser que leurs douleurs m'ont attristé. Après les avoir vidés de leurs organes, nous avons empli leurs carcasses de coton hydrophile de premier choix. Deux cent trente paquets tout de même ! Nous les avons inhumés dignement, nous ne sommes pas des monstres. Puis nous avons mangé des olives et j'ai bu un verre de vin.

Le Manuscrit


Constance l'a vendu à Johann Anton André d'Offenbach, ami et éditeur de Mozart. À sa mort, en 1842, le manuscrit revint à sa fille Augustine, épouse du facteur de pianos Streicher. Les Streicher tentèrent, en vain, de le vendre aux bibliothèques de Vienne, de Berlin, au British Museum, et même à la Reine Victoria. Ils le confièrent finalement à Pauer, qui fit passer une annonce, le 15 juillet 1855, dans la Revue et Gazette musicale de Paris : « Le pianiste Pauer, qui donne des concerts à Londres, offre le manuscrit de la partition de Don Juan, de la main du compositeur, au prix de deux cents livres sterling. » C'est Pauline Viardot, la sœur de la Malibran, qui l'acheta, pour cent quatre-vingt livres.

Elle fit fabriquer à Londres un coffret de bois de thuya, orné de ferrures, et fit relier les huit cahiers de cuir sang de bœuf. À Paris, rue de Douai, Gounod, Fauré et Saint-Saens vinrent les admirer. Rossini s'agenouilla devant les feuillets en s'écriant : « C'est Dieu lui-même ! » Pauline Viardot en fit don au Conservatoire en 1892. Il sera transféré à la Bibliothèque Nationale en 1964.

Huit cahiers, 508 pages, des pages entières barrées de la main de Mozart, les coupures de la représentation viennoise de 1788. Deux papiers différents, à douze portées, format à l'italienne. Le papier de Vienne, gris, 230/320 mm. Le papier de Prague, 230/295 mm, plus fin, beige, réglé de brun.


mercredi 26 mai 2010

Glad to be unhappy


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l'infin

nostal

du

mond.

mardi 18 mai 2010

Opus 8, Troisième mouvement


« Il aimait à l'extrême tuer le temps avec douceur. Mourir sans impatience. Discuter à perte de vue. Parler littérature, poèmes, ballets, cinéma, comédie. Mais par-dessus tout, il aimait les femmes. Elles étaient sa fumée sans feu. »

Un terrible accident. De nuit, rentrant d'un concert, sa voiture a heurté une vache. Il est défiguré. Six mois dans le coma. S'est réveillé le jour où sa fiancée est allée le voir à l'hôpital, puis est retombé presque immédiatement dans le coma. Deux ans plus tard, sortant à nouveau du coma, il est tétraplégique et aphasique.

La fiancée de Novalis, Sophie von Kühn, est morte à quinze ans.

Dans le jardin du conservatoire, les tilleuls sentent très fort. Pascale est assise sur un banc ; elle lit. Porte une robe d'été.

Je ne savais pas que le quintette avec piano de Castillon avait été enregistré.

Les femmes qui ont des gros seins nous regardent toujours un peu de derrière leur corps. Elles viennent après eux.

Je ne parviens pas à comprendre comment il se fait que Brahms ait possédé si tôt cette incroyable maturité.

« J'ai décidé de fesser ma femme au moins tous les vendredis. »


lundi 17 mai 2010

La musique contemporaine



Les compositeurs contemporains sont des cons. Je vous jure que c'est vrai. Oh bien sûr, vous pouvez ne pas me croire, vous pouvez vous bercer d'illusions, vous pouvez prendre les vessies pour des lanternes, vous pouvez aussi aller aux putes au lieu de réfléchir à ça, je ne vous en voudrais pas. Chacun ses vrais problèmes, chacun ses phobes.

Mon truc à moi, c'est les fesses. Certains diraient le cul, mais il ne faut pas tout confondre. Encore que certaines fois, confondre, je veux bien. Me tromper, c'est souvent ce que j'ai fait de mieux dans ma vie. Si je ne m'étais jamais trompé, j'aurais une vie atroce. Remarquez qu'elle est atroce, de toute façon, mais enfin ce serait un autre genre d'atroce. M'éloigner du but, j'aurais dû avoir un diplôme pour ça. Je me souviens d'Edith, par exemple. C'était pourtant un coup facile, son mec lui reprochait d'avoir du poil aux pattes, et moi j'aimais ça. N'empêche que c'est ce con qui la mettait sur le porte-bagage de sa mobylette. Il fumait la pipe, cet abruti. L'avait l'air fin, tiens ! Son expression, c'était : « Vrai ou faux ? » Il devait dire à Edith, avant de lui enlever la culotte : « Alors, pupuce, t'en as envie, hein ? Vrai ou faux ? » Connard. Et moi je me contentais de renifler ses petites culottes blanches, bien repassées, dans sa chambre. Merde. Je vous vois venir, vous allez me demander quel est le rapport avec les compositeurs contemporains. En fait, je n'en sais rien. C'est juste qu'il y en a deux ou trois à qui je collerais volontiers une beigne. Surtout un. Qui se mêlait de me donner des conseils. Il me donnait des conseils pour écrire comme il faut mais c'est quand-même à moi qu'il venait piquer des bouts, en douce. Le pauvre a toujours épousé des boudins. Bien fait. Toujours est-il que cette petite blonde (fausse blonde), elle avait des jambes de rêve. Et des seins aussi. Nom de Dieu quand j'allais la regarder jouer au basket, quel spectacle ! Ça caillait mais je pouvais rester là une heure entière, à zieuter ses cuisses rougies par le froid. À cette époque, je ne pensais pas trop à Mirko Legato. Je n'y pensais même pas du tout, pour être honnête. Hector ? Pas né. Bérénice ? Que dalle. J'écrivais des tracts pour le Parti et j'essayais de jouer comme McCoy Tyner. Andréa, ce pédé, essayait de venir dans le lit, et je le virai à coup de pompes dans le cul. Il se faisait passer pour un mec des Brigades Rouges, ça le faisait assez, mais quand on voyait sa gueule, on n'arrivait pas trop à le croire. Dans la piaule qu'elle louait au-dessus de la Crémerie du Lac, on écoutait une seule cassette, la Cinquième par Karajan, et on mangeait du boudin aux pommes. J'avais de la fièvre, ce jour-là, et elle a voulu me sucer, pour me guérir, soi-disant. Moi j'étais effaré. Comment on pouvait prendre la queue d'un mec dans la bouche ! Elle m'a dit t'en fais pas, laisse-toi faire. C'était pas mal. Et puis ses deux gros seins sur mes cuisses, rien que pour ça, j'aurais accepté n'importe quoi.

samedi 15 mai 2010

La Vache



Hector rentrait d'un concert à Bordeaux. On lui avait signalé une fameuse squirteuse sur le chemin du retour, et il avait décidé de faire une brève halte pour vérifier la chose. Fatigant, le concert, où il avait entre autre créé la Sequenza de Mirko Legato, une pièce horriblement difficile dont personne ne voulait. À vue de nez, ça ne s'était pas trop mal passé, et de toute façon, le compositeur n'était pas là, contrairement à ce qui était prévu. Hector était en train de vérifier s'il n'avait aucun texto sur son portable quand la vache fut sur lui. Pas le temps de freiner, pas le temps d'avoir peur, ni de revoir sa vie en accéléré. Rien. Pas un bruit, pas un sentiment, pas de douleur.

Six mois plus tard, il hésitait encore sur la conduite à tenir. Avouer qu'il avait eu un accident lui permettrait de se faire plaindre, il n'en doutait pas, mais d'un autre côté, il serait plus difficile de trouver des contrats. Il était en train de peser le pour et le contre quand Bérénice entra dans la chambre. Elle souriait, mais son sourire était tout ce qu'il y a de plus étrange. Qu'est-ce qu'elle avait encore combiné, cette salope ? Il voulut faire une plaisanterie, mais il vit au regard de la jeune femme qu'il n'avait pas été drôle. Vexé, il se tut. L'autre fondit en larmes, ce qui était bien la preuve qu'elle se sentait coupable. Plutôt que de lui demander pourquoi elle pleurait, il eut une syncope. Une longue syncope.

Deux ans plus tard, Bérénice n'entre pas dans la chambre, ni personne. La télévision est allumée. Il a faim. Il commence à attendre. Il comprend que ça va être long. Autant dormir un peu.

Fable pacifiste

Florent Lemaçon, le skipper du voilier Tanit pris en otage par des pirates somaliens, qui a été tué lors de l’assaut des forces françaises, était un “pacifiste”, selon son père.

Florent et sa femme avec Colin [leur fils de trois ans] sur le Tanit ont choisi un mode de vie. A leur manière, ils ont mené des combats avec des convictions profondes: pour la paix, pour l’écologie, pour la tolérance, pour le droit de vivre autrement, pour l’entraide, le partage.

Avec son sens de la morale, un pacifiste est mort. Avec son amour des Africains, de l’Afrique un voyageur est mort. Avec le rejet du confort, du monde de l’argent, un rêveur est mort.


Voilà. Tout est raccord. Le type est “pour la tolérance”, “contre le monde de l’argent”, il “aime les Africains”. Par conséquent, du haut de son “sens de la morale”,il dit merde à ces planqués du Quai d’Orsay, merde à ces connards de l’armée française, qui lui déconseillent formellement de poursuivre sa croisière “pacifiste”dans des eaux infestées de pirates. Qu’a-t-il à craindre ? Il est du Bon côté, lui. Il a décidé de Vivre Autrement.

Il va donc affronter le vent du grand large. Il n’a pas peur d’aller au contact des richesses de l’Afrique. Il ne se laisse pas impressionner par je ne sais quel sentiment d’insécurité. Ce voyage formera son fils ; plus tard, il remerciera son père. Un autre monde est possible.

Dans son journal de bord, il s’émerveille du côté cool et sympa des militaires français, qui lui envoient des mails pour s’inquiéter de son sort, qui le survolent en hélicoptère pour s’assurer que tout va bien. Maman-Etat veille, nos impôts citoyens sont mis à bon usage, tout va pour le mieux dans le merveilleux monde Degauche.

Emmener un enfant de trois ans au large de la Somalie n’est pas l’acte irresponsable d’un père qui a perdu tout contact avec la réalité, qui vit dans sa bulle “morale” et“tolérante” ; ce n’est pas une scandaleuse mise en danger de la vie des militaires français, immanquablement amenés à intervenir en cas de prise d’otages ; c’est une formidable aventure humaine qui va sauver la planète.

Hélas, un malencontreux grain de sable vient enrayer cette belle mécanique. Le clip promotionnel s’arrête. Il commence à pleuvoir de la merde et des pierres plates sur ce “Paris-Plage chez les sauvages”.

Comme dans une tragédie grecque où tout est écrit d’avance, où les dieux ont décidé de perdre ceux que leur immense orgueil égare, Festivus festivus est fait prisonnier, ainsi que sa petite famille et ses copains, par des pirates africains musulmans qui n’ont visiblement pas capté son immense “amour des Africains”.

Florent Lemaçon n’a sans doute pas exercé suffisamment son ouverture à l’Autre. Il a dû louper une marche dans “l’entraide” et le “partage”. Il n’a pas assez potassé samallette pédagogique du vivre-ensemble avant de mettre les voiles.

En effet, ses ravisseurs, insensibles à son “rejet du monde de l’argent”, réclament une rançon tellement importante que le gouvernement, pourtant prêt à monnayer sa libération, la refuse. Ironie suprême de l’histoire, la famille de ce “pacifiste” est sauvée par les militaires français, tandis que lui-même est tué, peut-être par les balles de ses libérateurs.

Richard Phillips, le capitaine américain du porte-conteneurs attaqué au même moment par d’autres pirates somaliens, n’est pas un “pacifiste”, lui. Quant à son équipage, il est borderline facho, puisqu’il a déployé le drapeau américain à l’annonce de la libération de son patron. Richard Phillips serait même un atlanto-sioniste que cela ne m’étonnerait pas plus que ça.

Résultat : il a sauvé son bateau. Il a sauvé son équipage. Il est sain et sauf. Aucune rançon n’a été proposée, et encore moins versée. L’honneur de son pays est intact. L’ennemi sait que de nouveaux actes de piraterie à l’encontre des Américains sont extrêmement risqués pour une espérance de gain très réduite, puisque les Etats-Unis ont prouvé qu’ils étaient prêts à mettre en jeu la vie de leurs compatriotes en refusant toute rançon.

Mettez un “pacifiste” français au milieu du golfe d’Aden, et vous avez un mort ; des militaires mis en danger pour rien (le commerce international est vital, pas une balade touristique) ; une armée et un pays ridiculisé (les forces françaises ont peut-être tué l’otage qu’elles étaient chargées de sauver ; le ministre de la Défense a montré sa faiblesse en se vantant d’avoir proposé une rançon ; l’armée a proposé d’échanger un de ses officiers contre deux des otages) ; et des pirates qui ont toutes les raisons d’attaquer à nouveau des Français.

Fromage Plus ou Il Sorpasso auraient voulu faire un fake avec cette histoire de voilier, ils n’auraient pas trouvé mieux que cet éloge funèbre de Lemaçon fils par Lemaçon père.

A part ça, les Américains ne sont pas mieux partis que les Français pour sauvegarder leur identité nationale, leur patrie, leur civilisation.


Robert Marchenoir

Lady Diana


Elle ne s'appelait pas Diana, mais elle était brésilienne. Avec sa sœur, elles étaient strip-teaseuses à Paris, aux Halles. Je l'avais vue tout d'abord à la télévision, et sa beauté m'avait frappé. En privé, elle m'avait dit qu'elle jouait du piano, et on avait parlé de Beethoven, "An die ferne Geliebte". Nous devions échanger des cours de piano contre des séances de photographies. Sa sœur était redoutablement séduisante, bien que beaucoup moins belle. Franck était tombé amoureux d'elle ; chaque fois qu'il passait par Paris, il fallait que je l'accompagne là-bas. Je l'avais rencontré là, un jour qu'il venait de traduire Mitterrand à la Défense. Bel homme, jeune, très distingué, en costume bien coupé, italo-anglais vivant en Belgique. La fille était venue s'asseoir sur ses genoux et lui avait demandé "ce qu'il faisait là". Sa réponse m'avait fait éclater de rire : « Je suis vicieux. »

Échelons progressifs du plaisir


Les échelons de la Netocratie est le titre d'un billet du blog des Éditions Léo Scheer.

Les mamelons de la Georgeocratie n'est pas le titre d'un billet du blog de Georges.



— Ça pose souci à quelqu'un ?

L'échelle de Jacob étant encore en panne, ce soir, j'ai pris l'ascenseur.

À démocratie post-moderne, langue de merde.

Un groupe de rock. À la batterie, Jacques Derrida, à la Fender Stratocaster, Gilles Deleuze, aux vocals, Julia Kristeva et Catherine Clément, aux claviers, Lacan Jacques, aux percus, Jack Lang.

Amélie, tu chantes bien, mais tu me fatigues !

A-t-on toujours tort de "tenir blog" ? (Oui.)

L'épouvantail momentanément gardois, il t'emmerde !

Il a toujours eu du goût pour les femmes enceintes.

La Suite lyrique à la télé ? ENCORE !!?

Qu'est-ce qu'on y peut, si y vont encore nous exploser les bégonias ?

Sur Annecy, ça bouge.

vendredi 14 mai 2010

1782-1827


32 sonates, 5 sonates de jeunesse, 20 séries de variations, 5 séries de bagatelles, 6 séries de danses, 17 pièces diverses, 1 sonate à quatre-mains, 4 pièces diverses à quatre-mains.

10 sonates pour violon et piano, 3 pièces diverses, 5 sonates pour violoncelle et piano, 3 pièces diverses, 2 sonates diverses en duo, 3 pièces diverses, 18 trios (5 à cordes, 7+2 avec piano, 3 divers), 3 séries de variations, 21 quatuors (16+1 à cordes, 4 avec piano) 5 quintettes (1 avec piano), 2 sextuors, 1 septuor, 1 octuor.

9 symphonies, 11 ouvertures, Fantaisie pour piano, chœur et orchestre.

5 concertos pour piano, 1 concerto de jeunesse pour piano, 1 concerto pour violon, 2 romances pour violon, 1 triple concerto pour piano, violon et violoncelle.

2 musiques de ballet, 12 danses et autres pièces, 8 marches et autres pièces pour instruments à vent.

86 lieder pour voix et piano, 169 volkslieder, 40 canons, 5 chants a capella, 7 pièces diverses.

8 pièces pour solo, 5 pièces pour solo et chœur, 3 pièces pour chœur.

1 opéra, 10 pièces diverses.

2 messes, 1 oratorio.



jeudi 13 mai 2010

Les vacances de Serge


Il n'était pas vraiment très beau. Roux, très myope, un peu négligé. Fumant des Dunhill, le paquet rouge. Il entre dans la classe du nouveau professeur de flûte. Elle a la trentaine, porte un col roulé blanc. Il lui demande, avec un grand naturel : « Est-ce tu peux me montrer tes seins ? » Et en guise d'explication : « Je suis musicien de jazz, je ne pars pas souvent en vacances. »

L'intestin de Babette


C'est terrifiant, Paul Desmond. Cette insupportable douceur, Napalm sucré, vous brûle l'âme. Quand j'écoute Glad to be unhappy, je sens le temps qui me passe à travers le corps comme un acide discret mais implacable. Plus il est doux, gentil, aimable, bien élevé, plus il m'arrache les muqueuses. Ce type vous marque au fer rouge simplement en passant près de vous, il vous décolle les fascias, vous détache les aponévroses. Il emporte dans son sillage une part de votre être, celle que vous ne connaissiez pas et qui peut-être avait le plus de prix. On le comprend trop tard.


mercredi 12 mai 2010

Les Horizons qui leurrent



Bernure Acouphène accourait. Il accourait toujours. On le reconnaissait à cette manière d'arriver la langue pendante, toujours en sueur et en jogging. Même quand il marchait tranquillo, "à la Brahms", il accourait. Ça sentait le poireau frais et les glaïeuls se couchaient sur son passage.

Colbert, son chien, ne l'accompagnait pas, il préférait rester à la maison, rêver de Marie-Antoinette et mordiller son coussin-péteur. En avait soupé de l'accourement d'Acouphène, vraiment ! Colbert avait un âge respectable que Bernure ne respectait pas. Et puis, de toute façon, Acouphène n'en avait rien à battre de la photosynthèse et de la bitonalité. Ces deux-là n'avaient pas grand-chose en commun, c'est moi qui vous le dis.

Canopée le dromadaire, soprano colorature et mufle providentiel, était bien aise de ces dissentiments : ça créait un vide juridique qui lui permettait de se livrer à son art tout à son aise. Après l'Air des Clochettes, on verrait ce qu'on peut faire d'Olympia. Le rêve de Canopée était d'aller s'établir à Naxos, mais il lui fallait tout d'abord faire provision de contre-uts. L'air de rien, il y travaillait dur.

Cratule Ascension, l'afamme, avait du poil dans les oreilles. Sans cette qualité, on l'aurait peu remarquée. Elle habitait près du dernier fjord, le seul qui n'avait pas été encore aménagé en lieu de vie pour transexuels à la retraite. Cratule se trouvait souvent sur le chemin de Bernure Acouphène. Comme par hasard.