jeudi 27 mai 2010

Georges et les cotons-tiges



Aurions-nous enfin réussi à nous débarrasser de nos derniers lecteurs ? C'est possible mais il ne faut pas crier victoire trop vite. Ce matin, nous en avons encore retrouvé deux, en état de décomposition avancée, aux limites de la propriété. Nous n'avons pas réussi à les identifier. Le premier s'était empoilé au point 111, son visage avait complètement disparu sous une forêt primaire au lourd parfum tropical. Le second est mort de fesse. On voit qu'il a terriblement souffert. L'odeur était presque insoutenable. Luna décrivait des cercles concentriques autour des corps : à mesure que les fragrances se faisaient moins agressives, elle s'en approchait. Même si leur disparition m'a réjoui, je dois confesser que leurs douleurs m'ont attristé. Après les avoir vidés de leurs organes, nous avons empli leurs carcasses de coton hydrophile de premier choix. Deux cent trente paquets tout de même ! Nous les avons inhumés dignement, nous ne sommes pas des monstres. Puis nous avons mangé des olives et j'ai bu un verre de vin.

jeudi 13 mai 2010

Les vacances de Serge


Il n'était pas vraiment très beau. Roux, très myope, un peu négligé. Fumant des Dunhill, le paquet rouge. Il entre dans la classe du nouveau professeur de flûte. Elle a la trentaine, porte un col roulé blanc. Il lui demande, avec un grand naturel : « Est-ce tu peux me montrer tes seins ? » Et en guise d'explication : « Je suis musicien de jazz, je ne pars pas souvent en vacances. »

mercredi 12 mai 2010

Les Horizons qui leurrent



Bernure Acouphène accourait. Il accourait toujours. On le reconnaissait à cette manière d'arriver la langue pendante, toujours en sueur et en jogging. Même quand il marchait tranquillo, "à la Brahms", il accourait. Ça sentait le poireau frais et les glaïeuls se couchaient sur son passage.

Colbert, son chien, ne l'accompagnait pas, il préférait rester à la maison, rêver de Marie-Antoinette et mordiller son coussin-péteur. En avait soupé de l'accourement d'Acouphène, vraiment ! Colbert avait un âge respectable que Bernure ne respectait pas. Et puis, de toute façon, Acouphène n'en avait rien à battre de la photosynthèse et de la bitonalité. Ces deux-là n'avaient pas grand-chose en commun, c'est moi qui vous le dis.

Canopée le dromadaire, soprano colorature et mufle providentiel, était bien aise de ces dissentiments : ça créait un vide juridique qui lui permettait de se livrer à son art tout à son aise. Après l'Air des Clochettes, on verrait ce qu'on peut faire d'Olympia. Le rêve de Canopée était d'aller s'établir à Naxos, mais il lui fallait tout d'abord faire provision de contre-uts. L'air de rien, il y travaillait dur.

Cratule Ascension, l'afamme, avait du poil dans les oreilles. Sans cette qualité, on l'aurait peu remarquée. Elle habitait près du dernier fjord, le seul qui n'avait pas été encore aménagé en lieu de vie pour transexuels à la retraite. Cratule se trouvait souvent sur le chemin de Bernure Acouphène. Comme par hasard.