mercredi 4 décembre 2013

Feu


Troisième jour de feu. L'amour est par-delà le bien et le mal, toujours ; sinon ce n'est pas de l'amour. La grande morale est en opposition de phase avec la petite morale. Faites cohabiter les deux et vous obtiendrez un silence de tombe, un encéphalogramme plat. Elles sont également en opposition de phrases : la petite morale n'écrit que du rien en bâtons, la grande met le feu aux bâtons.

« Là, il jouit de son esprit et de sa solitude et ne s'en lassa point durant dix années. Mais enfin son cœur se transforma (…) Je suis dégoûté de ma sagesse, comme l'abeille qui a amassé trop de miel. J'ai besoin de mains qui se tendent. (…) Je dois disparaître ainsi que toi, me coucher (…) Bénis-moi donc, œil tranquille, qui peux voir sans envie un bonheur même sans mesure ! Bénis la coupe qui veut déborder (…) Ainsi commença le déclin (…) »

Il n'y a pas eu de déclin dans cet amour, qui était tout sagesse. Feu calme, quotidien, œil tranquille. Sauf ce soir-là, il y a une dizaine de jours, où tu as manifesté ton amour d'une manière qui m'a bouleversé. La coupe débordait. Tu es venue te blottir contre moi en tremblant d'affection. Tu claquais des dents, et je pouvais voir (et toucher du doigt) que ce n'était ni de peur ni de froid, mais, bien au contraire, d'un feu débordant et désespéré, une fièvre à faire fondre l'être. Je t'ai prise dans mes bras, je t'ai serrée contre moi, avec toute l'impuissance et la force dont j'étais capable. Mais le désespoir du bonheur m'a transpercé le cœur.