lundi 23 décembre 2013

Ici

« Ah ! Je n'entrerai pas dans la douceur du nid. » Le vent reste dehors : seuil. Là où le feu et la terre froide se mélangeaient dans le secret féroce du temps, tu reposes à jamais dans le grand calme qu'on ne peut dire, ma bien-aimée parfumée, car j'ai compris, tout à l'heure, que ton interminable périple en enfer avait pris fin.


Chers anges, la maison qu'un cri vous révéla,
Volez autour d'elle,
Entourez-la d'ailes !
Je pleure et je n'en ai pas d'autre. Gardez-la.

J'ai cherché un pays pour vivre. J'ai longtemps marché, je vieillis, je ne l'ai pas trouvé encore.
Je cherche un pays pour mourir.
J'y veux un grand soleil pour qu'en m'endormant mon cœur ait chaud, j'y veux une terre douce et secrète qui me prenne, me couvre, me cache.
Ô bonne terre, tous m'ont fait mal — mes amis plus que les autres — mais ne le dis à personne. Sur moi fais pousser l'épine pour que nul ne trouve ma tombe et que n'y puissent couler sur moi les larmes de ceux que j'aimai, leurs gentilles larmes sans douleur… Elles me feraient trop mal encore.
Laisse plutôt tomber sur moi la longue pluie triste, la pluie vraie. 


On ne sait pas de quoi on parle. Il faut sans doute voir et écouter le monde depuis la tombe. De quoi l'on parle ? On peut parfois le dire, mais ça n'est pas l'important. Celui qui parle à travers nous, voilà ce qu'il conviendrait de connaître, mais c'est seulement quand le cœur cesse de battre qu'on est mis face à lui. Celui qui tue, celui qui est derrière Dieu, dans son ombre, et qui nous ressemble trait pour trait. L'être et l'amour s'opposent et ne se joignent qu'après l'être.