jeudi 30 janvier 2014

Peinture pour chien


« C'était janvier, il faisait froid et sombre, il pleuvait. J'étais las et déprimé, mes essuie-glaces ne fonctionnaient pas et j'avais la gueule de bois (…) » J'entendais en sourdine le quintette pour deux violoncelles de Schubert. Je venais d'aller passer la lampe à souder sur le tableau qui était en train de pourrir sur la tombe de Luna. Maintenant, il fume, le tableau. Le blanc est devenu brun, la peinture a crevé, elle a dégouliné. Il y avait des petites flammes qui jaillissaient comme des geysers miniatures, de temps en temps, mais comme il était détrempé, il n'a pas pris feu. J'ai reçu par la poste un petit livre de John Fante qui s'intitule « Mon chien Stupide » Comme il y a une majuscule à Stupide, j'imagine qu'il s'agit du nom que lui a donné son maître. Pas sûr d'aimer… Je n'aime pas qu'on donne des noms ridicules ou "rigolos" à des animaux, ni qu'on les affuble de lunettes de soleil ou d'autres accessoires pour les prendre en photo et se taper sur les cuisses. J'ai toujours trouvé ça répugnant cette manière de prendre les animaux pour des jouets censés nous divertir. Qu'on fasse ça avec les mioches, eux au moins ils peuvent gueuler, et vous faire un procès vingt ans après ! Ils peuvent vous dénoncer à la police, aux sévices sociaux, aux ligues féministes, aux officines antiracistes, au parti du Bien. Ils seront des héros rétribués par la manne publique.

Toujours est-il que nous sommes bien au mois de janvier, qu'il pleut, qu'il fait sombre et humide dans la maison, et que les Amadeus me donnent envie de pleurer. J'ai froid aux pieds. Norbert Brainin, ça c'est du son ! J'ai toujours les croquettes de Luna, personne n'en veut. J'ai l'air fin, moi, avec mes croquettes de luxe, trente kilos. Je vais finir par en faire une œuvre contemporaine : une installation pour Luna, oui, c'est une idée ! Je pourrai demander des subventions à Purina, ou à Royal Canin. Peut-être que Delanoë m'offrira un atelier de la ville de Paris ? Un atelier chauffé, alors ! J'en ai marre de me cailler les miches. Je regarde sur le Net une grande exposition de Christopher Wool au Musée d'Art moderne de la ville de Paris, et j'entends le commissaire qui en parle comme du plus grand peintre américain vivant. Je préfère ne pas dire ce que j'en pense, on va croire que je suis jaloux. Si je pouvais les manger, au moins, ces croquettes…