samedi 5 avril 2014

Craquement de l'osier


Craquement de l'osier. Elle sait qu'on est éveillé. Je ne la vois pas mais j'entends qu'elle a bougé. Tous les deux dans la chambre obscure, chacun à notre place, nous écoutons le silence, si peu troublé par le bruit de l'autre. Ô, jour, attends encore un peu, laisse-nous quelques instants encore dans cette paix bienheureuse, dans cet hinterland si précieux, où nos deux corps reposent l'un près de l'autre, sans qu'ils se voient, encore. Tu as la couleur du miel. Tu en avais aussi très souvent l'odeur. Quand je parle de toi, je ne sais pas si je dois utiliser le présent ou le passé. Tu n'es plus dans l'un ni dans l'autre de ces temps. Le passé ne passe pas et le présent se fait attendre, à ce qu'on dirait. Tout à l'heure dans la voiture j'ai allongé le bras vers l'arrière, entre les deux sièges, pour te caresser, et je n'ai trouvé que le tissu de la banquette. J'ai furtivement regardé autour de moi, pour voir si personne ne m'avait vu faire ce geste incongru. J'ai appris il y a peu que le miel était imputrescible : c'est une bonne nouvelle. Que faire de l'indicible qui cherche à se dire ? Le cacher ? L'ignorer ? Le traduire ? Ce qui est entre nous, est-ce le silence ? Autre chose ? Le temps ? Ce mot de "toujours", quand je me retourne sur le vide. Étonnement, toujours. Ma parfumée. Midi-minuit dans ta fourrure toujours. Parfum de vide, caresse, fauve lumière de la présence d'une âme sans paroles. Parfum chaud tes yeux d'or, le temps creusé tu es couchée, toujours, près de moi toujours. Tous les deux toujours. Au passé le présent reprend tout, mais tu me redonnes plus encore. Vague chaude, tes yeux d'or, le temps revient, silence, odeurs, craquement de l'osier dans l'obscurité, plein soleil, là et toujours. Encore.