mardi 17 juin 2014

15h23


Depuis que tu es morte, je n'ai pas touché une toile, un pinceau. C'est comme si tu avais acquis la possibilité de me parler directement, et que tu m'avais dit : « Laisse tomber, ce n'est pas la peine. » Quand tu étais là, tu n'osais pas, tu ne voulais pas me faire de peine. Je sentais ton bon regard sur moi, ton regard toujours indulgent, bienveillant, patient et tendre. De là où tu te trouves maintenant t'est sans doute venu une exigence de vérité, ou bien tu veux qu'enfin je me consacre à sauver mon âme… Hier, au jardin, Céline me demande si c'est « l'endroit où je fais du feu ». Non, c'est la tombe de Luna. 

Simple rectangle au sol. Terrain d'atterrissage ou de décollage abandonné. Porte. Fenêtre condamnée.

Il s'est pourtant passé des choses, depuis ce samedi 30 novembre 2013, mais elles ne se sont pas imprimées, elles n'ont rien écrit, elles n'ont rien dessiné, rien laissé ; elles sont enveloppées d'ombre et de fumée, elles échappent au sens et à la joie. Ces six mois ont passé, c'est tout ce qu'on peut en dire. On aimerait fuir, mais on attend une date qui nous dise quelque chose, une de ces dates qui ressemblent à une porte ouverte sur l'infini — elles nous paraissent toutes fermées, celles qui se présentent. 

J'écoute Cecil Taylor et j'observe mes petits lézards, immobiles, qui m'observent, et qui écoutent Cecil Taylor.