vendredi 10 octobre 2014

Lézards florissants


Paul Otchakovsky-Laurens : « Il est sans exemple que quelqu'un se soit jamais déclaré satisfait de ce qu'on raconte sur lui dans un livre. » Posez la question à Napoléon, à Charles de Gaulle, à Néron, à Hitler, et à Emma Bovary, vous verrez. Chaque fois, ce sont des plaintes, des récriminations, des rancunes, des fâcheries, quand ce ne sont pas des procès ou des duels. Et ne croyez pas qu'il suffirait d'attendre que ceux dont vous parlez soient morts, car ils ont des héritiers, des exécuteurs testamentaires, des sociétés qui défendent leurs réputations, des fanatiques en tout genre prêts à vous faire la peau si vous dites du mal (et même du bien) de leur héros. Il est très compliqué de parler des autres. Et même lorsque vous inventez purement et simplement, on ne peut pas empêcher certains de croire se reconnaître en vos personnages, et c'est encore pire, car alors ils vous en veulent d'avoir tenté de les abuser en déguisant leur identité, même quand pas une seconde vous n'avez pensé à eux. Avez-vous tellement honte de ce qu'ils sont pour ne pas oser les nommer ? Il faut pourtant bien parler de quelque chose, et les choses les plus intéressantes, pour un romancier, ce sont encore les êtres humains, jusqu'à preuve du contraire ; et, parmi les êtres humains, les femmes, en tout premier lieu.

Finalement, les seuls personnages à la fois intéressants et désintéressés, ce sont les chiens, et certains lézards.